Enseignements du GR 20
Carnet de voyage Corse
Nord Sud ou Sud Nord ?
La comparaison est difficile pour la bonne raison que la dernière heure de marche
d'une étape est toujours plus longue que la première !
Deux exemples :
· La montée du refuge d'Assinau au Monte Incudina est raide mais sans plus ;
en revanche, mon ami René, qui a fait le parcours complet en 2006, garde un
souvenir très désagréable de la descente vers Assinau.
· Je ne garde aucun souvenir de la descente de Tighjettu vers les bergeries de
Ballone en 2004 et 2005; cependant, le même itinéraire en sens inverse, en
2007, m'a paru interminable.
Néanmoins, si je dois refaire le GR 20 et si j'ai le choix, je le ferai du Nord au Sud.
Le découpage
· De toute évidence, le découpage du TG privilégie les refuges du PNRC.
Personnellement, je ne regrette pas le Castel di Verghiu, l'hôtel de Monte
d'Oro ni le gîte de E Cappanella.
· Le refuge de Ciottulu di i Mori est un peu près de Tighjettu mais on peut
compenser cet inconvénient par l'ascension de la Paglia Orba, par exemple
ou en se mettant les doigts de pied en éventail dans la source du Golo après
avoir savouré l'omelette ou la soupe de Patrick.
· Par ailleurs, on peut joindre directement Tighjettu à partir de Carozzu, comme
je l'ai indiqué plus haut, en suivant l'ancien itinéraire du GR 20. Mais l'étape est
longue et demande une bonne condition physique.
· De toute évidence, la fréquentation du GR 20 augmente chaque année. Il faut
donc qu'il reste sélectif, donc rude et rustique. Je ne vois qu'une amélioration,
elle est d'ailleurs en cours, ce sont les conditions d'hygiène ; en particulier les
toilettes qui pourraient donner envie à certains d'aller se soulager dans la
nature avec les inconvénients olfactifs que l'on connaît !
· Je pense qu'il faut maintenir le principe et la règle de non réservation dans
les refuges du PNRC; à condition que cette règle soit appliquée à tous les
randonneurs en toute égalité. Ce n'est pas le cas. En effet, j'ai rencontré un
groupe, très sympathique au demeurant, qui m'a déclaré être client d'un
voyagiste chargé d'assurer sa logistique avec, en particulier, la réservation de
demies pensions dans certains refuges du PNRC. Je ne vois pas comment
cette pratique pourrait être menée à l'insu du PNRC!
« Trois morts, près de vingt randonneurs secourus et la montagne, une nouvelle fois,
mise au banc des accusés. Mais, plus que le froid, c'est l'attitude des passionnés qui
continue à poser problème », écrit Elisabeth Milleliri dans Match.
Et pourtant, ce froid, qui survient quand on ne l'attend pas, s'explique très bien.
· D'abord la température diminue avec l'altitude d'environ 6° par tranche de
1000 m.
· Le vent, qui se lève en plaine ou sur la mer, crée, dans une zone exposée,
donc pas « sous abri », une pression dite dynamique qui s'ajoute à la pression
atmosphérique. La somme des deux étant constante (Loi de Bernoulli), quand
la pression dynamique augmente, la pression atmosphérique diminue et la
température diminue aussi, proportionnellement (Relation des Gaz Parfaits).
· Si la masse d'air en mouvement rencontre la montagne corse, elle se trouve
emprisonnée dans un tube plat bordé en bas par la montagne et en haut par
l'écoulement général. Se produit alors l'effet « Venturi » qui se manifeste, sur
les crêtes, par une accélération du vent, donc par une nouvelle baisse de la
pression atmosphérique et enfin par une nouvelle baisse de température.
· Pour peu que ce vent qui se lève provienne de l'arrivée d'un front froid, on se
retrouve, brutalement, en Eté, sur une crête corse, avec une tempête de neige.
Alors que faire pour qu'un plaisir ne se transforme pas, au mieux, en situation
inconfortable, au pire, en drame ?
D'abord, en général, les gardiens de refuge sont des bergers ou d'anciens bergers et le
phénomène que je viens de décrire, ils le connaissent, non pas théoriquement, mais
pour le vivre depuis des générations de bergers. Il faut donc les écouter et suivre leurs
conseils. Mais encore faut il, au préalable, être préparé et équipé.
Je ne suis pas un
montagnard chevronné, loin de là.
Je suis Monsieur « tout le monde » mais je puis
apporter mon témoignage.
· Il faut considérer la montagne corse comme de la haute montagne à une
altitude de moyenne montagne.
Il ne faut pas en faire un monde, mais il faut,
tout de même arriver en bonne forme.
La préparation physique ne sera pas la
même pour un trentenaire que pour un senior avancé comme moi. Pour ce qui
me concerne, entre le 1er septembre 2006 et le 10 juin 2007, j'ai effectué une
moyenne hebdomadaire de 10 heures de marche en boucle avec 1800 m de
dénivelées positives cumulées, plus 1000 m de crawl et de la gym.
· La préparation technique concerne l'équipement, mais, pour éviter d'être trop
long, je me contenterai d'énumérer ce que je juge indispensable d'emporter
pour un trek de plusieurs jours en été, en zone montagneuse.
Des vêtements « techniques » qui ont l'avantage de sécher rapidement, un couvre chef, la carte IGN TOP 25 du jour (renseignée et, si possible, plastifiée), une boussole, un altimètre, un sifflet strident, un miroir héliographe, un couteau, d'excellentes chaussettes, une paire de chaussures de montagne de bonne qualité, une paire de bâtons et . un téléphone portable à considérer comme un équipement de secours (Les N° du PGHM et des centres de secours sont donnés dans le Topo Guide de la FFRP).
Pas loinC'est-à-dire, pas au fond du sac !: la crème solaire, les pastilles de traitement de l'eau, les lunettes de soleil (névés), 2 litres d'eau ( au moins, se renseigner sur les sources), des vivres « de course », une trousse de secours, une lampe frontale. o Sur le sac : Un tapis de sol..
Dans le sacUn duvet, un anorak type Gore Tex, une pèlerine ou un
poncho, une polaire ou un pull de laine, un pantalon, des gants, un
bonnet, une journée de vivres de réserve, de quoi chauffer de l'eau, du
feu, le jeu de cartes IGN correspondant à l'itinéraire total, un change
complet et . le chargeur du téléphone portable !
Pour le reste : il suffit de réfléchir. Les oublis ressentis ou un sac trop lourd
génèrent ce qu'on appelle l'expérience.
J'ai été frappé par la courtoisie des randonneurs sur le sentier et par la gentillesse
des jeunes envers leurs aînés.
Après avoir sillonné un certain nombre de contrées, j'ai fait la connaissance de la Corse et de sa
« Haute Route » en juin 2004. Je suis en droit de me demander pourquoi, aujourd'hui, mes pensées m'emmènent le plus fréquemment dans la Montagne Corse et non pas ailleurs. Je ne sais pas
répondre.
Comme je l'ai annoncé en préambule, j'ai entrepris ce GR 20 complet comme une expérimentation
sur moi-même.
D'abord, l'expérimentation commence le jour où je prends la décision de « faire » le GR 20 (ou le
GR 10, ou la HRP, ou Compostelle .). La décision crée un rêve et fixe un objectif qui projette dans
un avenir à quelques mois. Mais il ne faut pas se contenter de rêver, il faut se préparer
mentalement, techniquement et physiquement. Le quotidien est la mort lente du vieillissant. La
perte d'avenir me paraît pire que la perte de mémoire !
Parlons de la fatigue. Etre un peu endolori à l'arrivée de l'étape n'est pas de la fatigue. J'appelle
fatigue ne pas avoir récupéré au cours de la soirée et de la nuit. J'appelle fatigue ne pas avoir le
désir de marcher le matin. Cela ne m'est jamais arrivé. Le lendemain de mon arrivée à Calenzana,
j'étais en condition pour repartir en sens inverse.
Parlons des douleurs. Au cours des quelques mois de préparation, j'ai été « titillé » par des petites
douleurs aux genoux, à la hanche ou ailleurs. Au cours du GR 20 : Rien. J'ai ressenti une sorte
d'harmonie entre mon corps et mon mental, donc, mon objectif : Calenzana. J'avais l'impression
que mon corps me disait : « Je te fous la paix mais traite moi poliment ! ». Et, traiter mon corps
poliment, c'était : aller doucement en évitant tout effort brutal, en posant le pied comme si la
montagne corse était fragile, en ne relâchant jamais ma vigilance ! C'est, je pense, ce qui
différencie un « sexa » presque « septa » d'un « quadra » entraîné.
Les forces sont toujours là,
mais il y a diminution de l'équilibre, de la coordination, de l'agilité. Il faut aller doucement et choisir
sa voie, tout simplement parce qu'on n'ose plus aller vite et sauter d'un rocher à l'autre.
C'est fini ;
d'où les performances modestes dont il faut tenir compte pour la longueur des étapes et les heures
de départ.
Parlons pharmacie : En 15 jours, j'ai avalé, en tout et pour tout, 1 comprimé de Dolyprane, 3 ou 4
doses d'Arnica et je me suis badigeonné quotidiennement les genoux, les quadriceps et les reins
d'une huile essentielle « Florame » ad hoc et les pieds d'Akiléine NOK. Quant aux endomorphines,
elles existent, je les fréquentées tous les jours. J'ajouterai l'excellent effet sur le physique et le
moral de la bière « Pietra » et du vin corse . avec modération, cela s'entend.
En somme, ce GR 20, de Conca à Calenzana, avec ses 10500 m de montées et 10477 m de
descentes, m'a demandé 110 heures de marche en 15 étapes ; ce qui représente, en moyenne par
étape, environ 7 heures et 20 minutes pour 700 m de montées et 700 m de descente.
Je sais donc que je suis capable aujourd'hui de marcher pendant une quinzaine de jours, à mon
rythme, à raison de 7 à 8 heures par jour, en portant un sac de 18 à 20 Kg en terrain difficile et, non
seulement, sans éprouver de véritable fatigue, mais en plus, en éprouvant un véritable bonheur.
« Il y a toujours des lieux et des moments - rares, il est vrai, mais bien réels - où l'élément physique et le
plan métaphysique interfèrent, où l'extérieur adhère à l'intérieur. Ce sont des espèces de
«courts-circuits» : là aussi la lumière qui, pour un instant, en émane est certainement celle d'une vie
absolue». Julius Evola dans « Méditations du haut des cimes »
Auteur : Patrick Lavarde
Publié le 11/09/08


