La Havane, Cigares et le Capitole
Carnet de voyage Cuba
Nous continuons à parcourir à pied les rues du centre-ville, meilleur moyen de s'imprégner de l'atmosphère si particulière de la Vieille Havane et d'avoir un aperçu de la charmante population cubaine. ce qui ne l'empêche pas de savoir profiter des touristes naïfs. Et il nous fallait passer par notre baptême du feu, l'achat de faux cigares dans la rue si répandu à Cuba. Pendant que nous marchions tranquillement, un jeune couple de Cubains nous aborda dans un très bon français. L'époux commença à parler avec mon père pendant que sa femme conversait avec ma mère, ma sour et moi en espagnol. Le mari nous proposa alors d'aller visiter l'endroit où a été filmé le fameux «Buena Vista Social Club». Restant toujours méfiant devant le coup de «l'ami improvisé» qu'on rencontre au coin d'une rue, je flairai le mauvais plan mais mon père semblait tellement enthousiaste que nous avons suivi notre nouveau guide là où il voulait nous emmener. Nous finissons par rentrer dans un café à ciel-ouvert où nous consommons des «mojitos», excellents et rafraîchissants, un cocktail cubain mélange de sucre, citron vert, eau gazeuse, menthe et rhum blanc, mais comme c'était le matin nous avons laissé de côté l'alcool.
Notre ami cubain étudie le français à l'Alliance française de La Havane et joue dans un groupe de musique salsa. Son groupe a prévu un voyage en France très prochainement. Pour partir à l'étranger, le Cubain n'a que deux options, se marier avec un étranger sur le territoire cubain ou décrocher un contrat de travail justifiant un déplacement hors des frontières. Et évidemment le groupe de musique sera accompagné par une «taupe» du gouvernement qui s'assurera que ces messieurs les musiciens font bien ce qui est prévu dans le contrat. Et pour compléter le tout, ils doivent verser un important pourcentage à l'Etat cubain. Le vrai pied !
La conversation est intéressante et nous nous rendons compte du désarroi des Cubains obligés de composer avec la situation du pays. Mais un étudiant de l'Alliance française ne doit pas être parmi les plus à plaindre. Vient ensuite la discussion sur les cigares : nous savions qu'il était déconseillé de les acheter dans la rue en raison de leur qualité douteuse mais nous tombons dans le piège de «le père de ma femme travaille dans la fabrique officielle et il a droit chaque mois à deux boîtes. On peut vous vendre une boîte à un prix intéressant». Le prix, négocié, est effectivement intéressant pour une boîte de Montechristo n°4 mais comme ce sont des faux, l'acheteur y perd. Nous nous en apercevrons un peu plus tard comme mon père acheta dans un hôtel un cigare de la même marque et du même module pour le comparer avec ceux de la boîte qui s'avérèrent plus foncés.
Les contrefaçons de cigares sont légion dans tout Cuba et les touristes à les acheter dans la rue sont nombreux en raison des prix «terriblement intéressants» pratiqués par les vendeurs. Il faut être un vrai connaisseur pour savoir distinguer un vrai d'un faux mais le plus sûr reste de les acheter dans la fabrique ou dans une boutique officielle.
Le Capitole
Nous arrivons au cour de la Vieille Havane, au Capitole avec son imposante coupole, édifice construit entre 1910 et 1939 sur le modèle de celui de Washington. Nous croisons bon nombre de personnes qui nous proposent encore des cigares, «tobaco?» mais nous déclinons cette fois-ci poliment leur offre.
Le Capitole de La Havane, réplique de celui de Washington
Le Parc de la fraternité près du Capitole
En face du Capitole, le long de l'avenue Prado, une foule de Cubains se masse pour entrer dans un «camello» (chameau), bus urbain biscornu aux soudures apparentes et tracté par un camion. Le mot bondé est insuffisant pour décrire l'entassement et la compression des passagers et les Cubains affirment qu'un camello peut contenir autant de personnes qu'un Boeing 747 !
L'entrée du Capitole
Le camello, authentique autobus cubain
Les «paladares»
La faim au ventre, nous entreprenons de trouver un endroit pour manger et entrons dans un «paladar» près du Parque central où l'on nous sert un menu simple et cher : une soupe de haricots rouges, du poulet rôti avec du riz, de la salade verte et des bananes, le tout pour neuf dollars, La Havane pratiquant en général des prix deux fois supérieurs au reste du pays.
Les «paladares» sont des restaurants privés appartenant aux particuliers légalisés par le régime à partir de 1995 et servant généralement une cuisine cubaine rustique mais bien préparée. En parallèle existent les restaurants d'Etat offrant une cuisine internationale chère.
Après le repas nous entrons dans le très luxueux hôtel «Golden Tulip Parque Central» où nous montons jusqu'au neuvième étage pour jouir d'une très belle vue sur le Capitole depuis la piscine à ciel ouvert et nous en profitons pour prendre un rafraîchissement à la cafétéria.
Vue sur le Capitole depuis la terrasse de l'hôtel Golden Tulip
Le Musée de la Révolution
Nous continuons notre découverte à pied du centre de la Havane en visitant le Musée de la Révolution, installé dans l'imposant ancien palais de Batista, le dictateur en place avant Fidel Castro, et érigé entre 1913 et 1920. Le musée présente les différentes étapes chronologiques du développement politique de Cuba depuis la période coloniale jusqu'à nos jours en accordant bien-sûr une place très importante à la Révolution cubaine avec objets et nombreuses photos à l'appui. Le musée présente un intérêt certain pour qui s'intéresse à l'histoire de l'île mais le manque d'objectivité et la propagande gratuite en deviennent presque lassants.
Le Musée de la Révolution
Sortir de La Havane
Arriver à La Havane est une chose, en sortir en est une autre. Aidé par les nombreux panneaux indicateurs, nous ratons la sortie d'autoroute («ne serait-ce pas le pont qui est là-haut au-dessus de nos têtes ?») et nous retournons jusqu'à l'aéroport, ce qui déclenche en nous le déclic de faire marche-arrière. Il n'est jamais trop tard pour se remettre dans le droit chemin. Demandant aux Cubains pour ne pas nous tromper à nouveau, nous arrivons enfin sur l'autoroute qui devait nous mener à Pinar del Río, à l'ouest de l'île, 144 kilomètres de ligne droite, route de deux fois deux voies en bon état contrastant avec le revêtement de la chaussée à La Havane.
Dans les faubourgs de la capitale et à la sortie de la ville, innombrables sont les Cubains qui font de l'auto-stop, les transports publics étant très limités surtout depuis la chute de l'URSS, la baisse des revenus de l'état ayant été entraîné une pénurie de carburant dans toute l'île. L'auto-stop est même organisé puisque des policiers forment des files d'attente et arrêtent certains véhicules pour leur demander leur chemin et font monter les passagers pour une modique somme en pesos cubains. Le long de l'autoroute, sous chaque pont, à l'abri du soleil, s'amoncèlent de nombreux auto-stoppeurs et il nous faut ralentir car beaucoup n'hésitent pas à traverser la route.
Comment un camion peut devenir le meilleur système de transport en commun
Auteur : Philippe Kauffmann
Site Web de l'auteur : http://www.cap-plein-sud.com





