Trinidad la coloniale

Carnet de voyage Cuba

De La Havane à Cienfuegos
Jeudi 17 avril, nous quittons l'hôtel Deauville sur le Malecón pour aller jusqu'à notre prochaine étape, Trinidad, au centre-sud de l'île. Devant la grande difficulté à trouver la sortie d'autoroute nous demandons à un militaire notre chemin. Celui-ci allant jusqu'à Santa Clara, à 260 kilomètres de La Havane par l'autoroute, il nous demande si nous pouvons le prendre à bord. Comment dire non à un militaire ?

Même si Monsieur n'était pas des plus loquaces, nous apprenons qu'il est militaire originaire de Santa Clara, au centre de Cuba, et qu'il étudie actuellement l'ingénierie mécanique à La Havane. Des cinq ans à faire il ne lui en reste plus que deux et il aimerait se spécialiser dans le domaine des explosifs.

Après environ deux heures de route nous quittons la voie rapide et laissons notre auto-stoppeur qui n'était plus très loin de Santa Clara. Encore une bonne heure sur une petite route de campagne en bon état, entourée de champs de canne à sucre, pour arriver jusqu'à Cienfuegos, capitale de la province du même nom.

Cienfuegos, la «Perle du Sud»
Cette ville côtière de 100 000 habitants baptisée la «Perle du Sud» fut le point de chute du voyage transatlantique de Christophe Colomb, quand celui-ci découvrit malgré-lui le continent américain en 1492. Cienfuegos est devenu grâce à la Révolution et aux investissements soviétiques, un grand centre industriel de l'île. Considérée comme le principal port de Cuba, elle comprend des chantiers navals, une cimenterie et l'ensemble de la province possède douze sucreries capables de traiter 40 000 tonnes de canne à sucre par jour [Le grand guide de Cuba, Gallimard, 2002].

Au bout du Malecón, sur le front de mer à Punta gorda, se trouve le Palacio de Valle construit au début du siècle dernier pour le mariage du milliardaire espagnol Acislo del Valle. Le palais est un mélange de différents styles architecturaux, roman, gothique, byzantin, vénitien et baroque, où prédomine le mauresque. Après avoir été transformé en école hôtelière à partir de la Révolution, il a été reconverti en restaurant en 1990 [Le grand guide de Cuba, Gallimard, 2002]. La visite du bâtiment coûte un dollar par personne et nous permit de siroter un jus d'orange sur la terrasse au sommet, et de profiter d'une belle vue sur la baie. Sans oublier le traditionnel orchestre de musique cubaine qui nous oblige une nouvelle fois à sortir les billets verts. Nous nous attablons ensuite au rez-de-chaussée pour déjeuner dans le restaurant et déguster de délicieuses crevettes.

De Cienfuegos à Trinidad
La route de Cienfuegos à Trinidad fait près de 85 kilomètres et longe le bord de mer sur une bonne partie. Il nous faudra tout de même près de deux heures pour faire le trajet, évitant les nombreux nids de poule traîtres qui ralentissaient notre allure.

Nous arrivons donc en milieu d'après-midi à Trinidad, petite ville coloniale de 60 000 habitants, située dans la province de Sancti Spíritus, et à quelques kilomètres du bord de mer.

La péninsule de Ancón
Nous sortons de Trinidad pour continuer notre trajet sur quelques kilomètres plus au sud, pour arriver jusqu'à l'extrémité de la péninsule de Ancón où se trouve l'hôtel du même nom. Celui-ci comprend 280 chambres dans une imposante et mastoc structure en béton qui vieillit mal. L'intérêt de l'hôtel Ancón étant avant tout sa superbe plage au sable blanc et à la mer turquoise.

Plage

La plage de l'hôtel Ancón

La plage de l'hôtel Ancón sur la péninsule du même nom

Bénéficiant de la formule demi-pension nous pouvons jouir du dîner-buffet et profiter de la grande variété de mets autant salés que sucrés.

Trinidad
Le lendemain matin nous reprenons la voiture pour aller visiter Trinidad. Nous prenons de l'essence avant d'entrer en ville et en voulant regonfler les pneus l'employé de la station d'essence nous fait remarquer que la roue arrière-gauche perd de l'air et effectivement se trouvait incrusté un vieux clou dans le pneumatique. En deux temps trois mouvements le mécanicien cubain enlève la roue avec le cric et la remplace par la roue de secours du coffre. En moins de dix minutes il rafistole la chambre à air crevée avec une rustine, le tout pour quelques dollars.

Nous parquons notre voiture dans une rue passante de Trinidad suivant les conseils d'un vieil homme et lui donnons un dollar pour qu'il nous surveille le véhicule. Nous entreprenons la visite du centre-ville colonial en parcourant à pied ses rues pavées interdites aux voitures, admirant ses maisons à un étage aux couleurs chaudes et aux toits de tuiles romaines.


Place centrale de Trinidad

La place centrale de Trinidad


Cubains

L'amabilité est toujours de mise chez les Cubains, même quand il faut poser pour les touristes

La ville fut fondée par les Espagnols en 1514 et après quelques années de grande prospérité grâce à l'exploitation des mines d'or avoisinantes, la ville dut se reconvertir comme centre d'élevage et de culture du tabac en raison de l'épuisement du métal jaune. Après un siècle de léthargie, Trinidad retrouva le développement et la croissance en se lançant dans le commerce illégal d'esclaves et de marchandises en provenance de Jamaïque, violant ainsi le monopole de la Couronne espagnole.


jolis toits

une rue tout en couleur

Tous les toits du centre de Trinidad sont construits avec des tuiles romaines

Trinidad connut sa grande époque à la fin du XVIIIe siècle quand de nombreux planteurs français ayant fui la République dominicaine devant la révolte de leurs esclaves s'installèrent dans la ville cubaine. Ceux-ci entreprirent de convertir Trinidad en un grand centre régional de production de canne à sucre et la prospérité entraînée par la hausse des cours mondiaux du sucre permit la construction de belles et grandes demeures.


Trinidad et ses habitants

trinidad

le centre ville

Le centre-ville, classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO, a conservé l'architecture coloniale espagnole


Le train de vie effréné n'allait pas durer éternellement et durant la seconde moitié du XIXe siècle Trinidad entra inexorablement en déclin en raison de la baisse des cours due à la concurrence de la betterave sucrière en Europe, et également des provinces voisines de Cienfuegos et Matanzas.
Durant la Révolution cubaine Trinidad était considérée comme un bastion des anti-révolutionnaires ce qui n'empêcha pas au gouvernement castriste de déclarer la ville «Monument historique national» et de commencer les nécessaires travaux de restauration [Le grand guide de Cuba, Gallimard, 2002].

 

Auteur : Philippe Kauffmann

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