La Route de la Soie

Carnet de voyage Turquie (avril-mai 2007)

Dimanche 6 Mai
Zut Ségolène ! Je te dis ça pour te porter bonheur. J’espère que les femmes vont se réveiller et te faire une ovation…mais !…
Aire station Eopet en sortant de Askale

intérieur de la Pasa CamiIl est 7 heures 20, on part sous un beau soleil, ce qui est une rareté. Nous filmons le croissant Turkiyen qu’on voit de notre campement « Allah Korusun » disent le dos des minibus, on en déduit que ce doit être le nom d’une compagnie comme chez nous la Semvat, mais moins laïque évidemment ! 

C’est sur cette portion de route que nous revoyons le beau pont à dix arches qui fut construit vers le 13e siècle, c’est le pont Cobendede. Il permettait à Erzurum d’être sur le parcours de la route de la soie, qui d’ici rejoignait le port de Trabzon.  Il enjambe l’Asa Nehri affluent du Tigre. Un jeune pêcheur nous offre un gros  poisson qu’il vient d’attraper à la main. On ne peut accepter bien sûr et il a l’air désolé.

Nous voici à Erzurum, étape sur la route de la soie et ville Géorgienne jadis. lla pasa camiErzurum pourtant ensoleillée aujourd’hui nous semble noire et austère, c’est la plus grande ville de l’Anatolie Orientale, dont la terre cache les sources du Tigre et de l’Euphrate.  Comment vais-je faire pour visiter les mosquées, alors que j’ai oublié de prendre un foulard dans mes bagages ? Le problème est vite résolu, on entre dans un magasin de nouveautés, je demande et me vois offrir un foulard que j’étrenne sur le champ. C’est ça la Turquie, tout au moins l’ancienne, dommage que le tourisme dénature tout, même les sentiments.

On va donc commencer nos visites qui seront nombreuses si j’en crois  mes souvenirs. On arpente la grande rue qui traverse la ville d’est en ouest et notre premier regard est pour lla pasa Cami édifiée au XVIe siècle de style ottoman classique, avec ses coupoles décorées d’arabesques polychromes. Une magnifique suspension de cristal aux mille lumières guide nos regards et au sol, une mosaïque de tapis bariolés laisse s’enfoncer nos pieds nus. Nous traversons une place occupée par un marché où le pantalon jean est roi, ainsi que la verroterie colorée pour les touristes. Yakutiye Medresi  est une école coranique qu’un gouverneur Mongol fit ériger vers 1308 . Un superbe minaret bleu finement sculpté à la manière de l’Asie Centrale, nous rappelle la proximité de ces pays.

Cifte Minare Medresi école de théologieAinsi, la journée durant, nous visitons les somptueux  monuments de cette ville un peu mystique . Cifte Minare Medresi  est une ancienne école de théologie érigée en 1253. Bâtiments sobres ornés de sculptures incroyablement fouillées, qui abritent une bibliothèque où l’on découvre deux livres traduits du Turc en Français chose rarissime tant les voyageurs Français existent peu. Les murs sont décorés de tableaux impressionnistes : Monet, Corot, Renoir …

Pourquoi les manifestants politiques ont ils choisi une ville de moyenne importance comme Erzurum pour réclamer leurs droits ? J’apprends que c’est dans cette rue même qu’Ataturk réunit ses proches en congrès, en 1919 pour proclamer l’unité de la Turquie et sa laïcité. Le défilé est impressionnant, voitures aux klaxons hurlants, tambours, haut parleurs et chants révolutionnaires, drapeaux déployés, mains aux portières en un geste incompris : Majeur replié vers le pouce, index et annulaire pointés en geste d’accusation, semble-t-il. Où donc est la police ? Elle est avec les manifestants. Le jeune homme qui nous accompagne nous dit que ce sont les nationalistes contre les fascistes. turbes SeldjoukidesIls craignent que l’islamisme revendiquant le pouvoir, leur fasse perdre, la  liberté de penser …la liberté, tout court en somme !…

Avec notre ami guide, nous cherchons la place où sont érigés trois turbes Seldjoukides sortes de mausolées des XII et XIIIme siècle.  Autour de nous, s’étend un quartier de maisons typiques de la région, construites en pierre avec colombages de bois, menacées d’effondrement.

Impossible d’acheter le moindre tapis de soie ou de laine pour rétribuer notre jeune guide, les prix étant dissuasifs et la place dans notre camping car restreinte. J’achète donc des cartes postales et bois le thé proposé. Il semble ravi de notre visite et du peu de conversation que nous avons pu avoir ensemble.

En prenant la route de Kars, nous passons devant le cimetière desservi par des bus qui passent dans les allées et déposent les visiteurs comme devant une maison.le pont de Pierre C’est surprenant mais compréhensible, les femmes, seules visiteuses, n’ayant pas d’auto, il leur reste ce moyen de déplacement qui en vaut bien un autre, après tout.

Peu avant la ville de Kars, nous arrêtons nos pérégrinations  à la station de Pétrol  Ofisi. Qui affiche un prix de 2 ,26 YTL, le litre de gazole mais de 2,35 au compteur de la pompe. Zut ! on s’est fait avoir. …Mais on est bien installés, dans un environnement bien vert, sur une station toute neuve.










Lundi 7 Mai
Nous traversons la ville nouvelle de Kars, sans la reconnaître tant elle s’est développée, mais peu à peu on redécouvre les sites conformes à nos souvenirs. Nous retrouvons le   « Tas Koprü » ou Pont de Pierre, du XIIme siècle je crois, avec ses 3 arches sous lesquelles passe un torrent impétueux qui roule ses eaux beiges. C’est toujours le même pont, sans l’animation d’avant, avec les femmes transportant les seaux d’eau à l’aide de balanciers, à la mode Asiatique,  mais aussi les gosses qui nous lançaient de pierres. l'église arménienne des Saints ApôtresAujourd’hui, on peut circuler sans aucun problème, les gens viennent vers nous, sur le pont nous dire « Cok Guzel » ce qui veut dire ,très joli, et  nous parler en Allemand chose que nous ne savons faire. D’ici nous avons une vue imprenable sur les pauvres quartiers toujours existants, sur la citadelle qui fut fondée par les Arméniens au XIIme siècle et sur le dôme pointu de l’église Arménienne des Saints Apôtres, consacrée en 930. Nous nous garons sur le parvis, où nous rejoignent des galopins. Plus d’église des Saints Apôtres, elle est superficiellement restaurée et s’appelle désormais la Kumbet Camii et ne sert plus à rien. Nous lui faisons une longue visite tout en filmant ses sculptures de saints , d’animaux et de croix. Le porche aux arcs romans s’ouvre sur une porte cadenassée….

 Des minarets, il y en a partout, crayons qui fusent de toutes parts et coupoles brillantes, aucun quartier n’est oublié. Depuis ce parvis abandonné le contraste est saisissant.l'église arménienne des Saints Apôtres

La direction d’Ani est difficile à trouver, car elle dessert une région désertique, sans habitation, ni circulation. La route asphaltée est pleine de nids de poules que l’on ne peut éviter. Alors on saute dedans à grand bruit, pendant 44 kilomètres. Puis on arrive au village d’Ocakli, aux maisons de boue et aux toits plats faits en bouse de vache. Misère de misère, on a le cœur serré de voir les enfants en guenilles et nombreux avec ça. De quoi peuvent vivre les parents ? et y a t’il seulement une école ?

 On prend notre ticket d’entrée dans les remparts et commence la visite qui va durer jusqu’à ce qu’on n’ait plus de forces. Emerveillement ! On erre d’une église à l’autre, d’une cathédrale à demi démolie  à une autre église dont la moitié s’est effondrée et qui laisse voir l’intérieur en coupe. église à demi démolieA terre d’énormes blocs sculptés, sur les murs fragments de peintures, scènes du Nouveau Testament et scènes de la vie des Saints à qui l’église fut consacrée. La ville morte d’Ani qui fut la capitale du royaume d’Arménie dégage un charme inoubliable, il y a une atmosphère ici.  On marche dans le circuit bordé de cailloux blancs qui a été tracé pour faciliter la visite et ne rien oublier. De l’autre côté de la frontière formée par le fleuve Arp Cayi, il reste un mirador témoin de l’époque Russe, maintenant on voit les Arméniens vaquer aux travaux des champs. On doit franchir un escalier aux nombreuses et très hautes marches pour atteindre l’église St Grégoire de Tigrant où les peintures abîmées sont encore lisibles pour quelque temps seulement,  car le toit troué s’effondre. On emprunte ensuite le sentier qui revient au point de départ, on franchit la route de la Soie, qui passait par là pour rejoindre Trabzon. On longe la falaise trouée de troglodytes, entrecoupée de ruines  de remparts et de tours.cathédrale en ruine Un dernier regard à Ani, qu’on ne pourra plus  jamais oublier et qu’on quitte la gorge serrée.

En route maintenant pour Dogubayazit, la nuit va nous tomber dessus et il n’y a rien sur cet itinéraire. Mais heureusement la pompe de Tuzluca nous sauve. On y élit domicile.
















Auteur : Lucie et Jean
Publié le 20/01/08

soudain au sommet de la montagne les statues colossales
Turquie
Le Nemrut Dag
Ils seraient les plus longs du monde après la muraille de Chine .
Remparts De Diyarbakir