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Ecrivains-voyageursInterview de Lilian Vezin (suite)




On ne ressort pas indifférents d'un séjour dans un Gompa. C'est l'endroit idéal pour se retrouver face à soi-même.
Vous avez passé le nouvel an 2005 en Inde. Dans votre livre, vous dîtes : « Nos amis et nos familles s’embrassent sous une pluie de cotillons et de serpentins…le champagne coule à flot et les transmissions satellites des téléphones portables saturent. » Et pendant ce temps, « la nature nous »offre des paysages à couper le souffle…» Dans cette partie de votre livre, c’est comme s’il existait deux mondes : un monde de technologies et de surabondance et un autre monde plus simple, moins superficiel, et où la nature est reine. Comment avez-vous vécu ce contraste ?

Nous voyageons régulièrement et considérons la France comme une terre de transit qui nous permet de gagner notre vie, retrouver notre famille et une poignée d’amis. La France est un pays merveilleux aux régions magnifiques et à la richesse culturelle intéressante. Malgré tout cela, chaque retour nous sépare un peu plus d’une société qui évolue bien plus rapidement que nous ! Nous sommes très heureux de revenir et autant de repartir… On se sent bien ici parce que nous avons perpétuellement en tête un projet à l’autre bout du monde. Il existe évidemment deux univers bien distincts et décalés entre ici et là-bas. Nous vacillons en perpétuel équilibre entre les deux. Une chose est sûre, on ne se sent pas du tout appartenir au monde de la technologie et de la surabondance. En vérité, nous sommes bien plus heureux sur les pentes des massifs Pyrénéens ou sur un voilier en Bretagne que dans une galerie marchande au mois de décembre !


Vous êtes entrés dans des monastères tibétains. Que pouvez-vous nous en dire ?

Il règne au cœur des monastères une sensation de paix et de sérénité. Le cadre extérieur est généralement propice au calme, la perception de la vie devient très différente par rapport à n’importe quel autre endroit. Vous sentez les énergies vitales vous tourner autour. L’altitude, les effluves d’encens et l’odeur du bois vous enivrent. Au Sikkim, les monastères sont nombreux et de proportions moyennes tout en étant particulièrement fréquentés.
Les offices religieux proprement dits sont extrêmement réduits : les jeunes lamas allument des centaines de lampes, brûlent de l’encens, servent régulièrement des litres de thé au beurre salé.
La vie communautaire se déroule essentiellement dans la salle de l’assemblée, au cours d’une réunion matinale. C’est une vaste salle ornée de fresques et de statues, les moines y méditent et psalmodies les textes sacrés au son des trompettes, des cloches et des tambourins. Le reste de la journée, les lamas bricolent et se cultivent.
On ne ressort pas indifférents d’un séjour dans un Gompa. C’est l’endroit idéal pour se retrouver face à soi-même, prendre un peu son temps et ralentir la marche.


Dans votre long voyage, vous avez goûté à de nouvelles saveurs, de nombreux parfums. Quels sont les délices de la cuisine indienne et sri lankaise que vous avez découverts ?

La différence entre un restaurant Indien en France et le quotidien alimentaire des indiens est extrême ! Dans le Sud de l’Inde, nous avons subi deux mois de mousson, ce qui signifie pas de fruits et très peu de légumes. Les indiens sont majoritairement végétariens, ils ne consomment pas de viande, très peu de poisson et d’œufs. Une majeure partie du temps nous nous sommes nourris de riz blanc, de piments et de dal (lentilles jaunes). Nous reprenions des forces en traversant des villes comme Pondichéry où l’on trouve encore de la baguette fraîche. Au cours de ce voyage, nous avons eu constamment des menus tracas intestinaux, des infections et des dysenteries. Nous gardons très peu de bons souvenirs de la cuisine Indienne…
Nous sommes sûrs que le fait de marcher pendant des heures purifie le corps et l’esprit, cela nous a aidé à boucler ce parcours sur lequel nous avons perdu plus de 12 kilos chacun.
Il nous reste en mémoire olfactive et gustative le goût du thé au lait sucré et épicé, les échoppes de petits gâteaux confectionnés par les tamouls à Kandy, les « rice and curry » du Sri Lanka, les crevettes aux lait de coco gingembre préparés par une famille musulmane du Tamil Nadou, le ragout de civette du Père Kumar à Pondichéry, le riz à volonté en Andhra Pradesh, les naans et la sauce massala aux épinards de l’Orissa, les momos au choux du Sikkim….


Enfin, avez-vous d’autres projets de voyage ?

Nous sommes repartis en septembre 2007 de la région des sources du Mékong, dans la province du Kham au cœur du Tibet Orientale. A pied et en vélo, nous avons suivi au plus près l’axe du fleuve sur près de 5000 kilomètres jusqu’au delta au Sud du Vietnam.
Nous souhaitions étudier et rencontrer la diversité ethnique qui vit dans le bassin du fleuve tout en mesurant pas à pas et en solitude l’immensité d’un grand fleuve. Nous avons réalisé un film et un livre est en cours d’écriture. Nous repartons bientôt, toujours vers l’Est…

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