Amandine, la petite vagabonde des mers

Canaries - Cap Vert - Sénégal - Brésil  (octobre 2000 - mars 2001)

13 novembre 2000

Nous levons l'ancre, ce matin, pour Dakar, situé à 320 miles de Boavista. Des dauphins croisent notre route sans beaucoup s'intéresser à nous. Ils ne jouent pas autours du bateau comme ceux que nous avons rencontrés précédemment.

Dès le 2e jour de traversée,  tout le monde se dispute avec tout le monde, à bord...

Cela faisait un petit moment que l'ambiance au sein de l'équipage s'était dégradée mais tant que nous avions la possibilité d'aller à terre régulièrement, les choses restaient acceptables mais en mer, obligés de rester confinés tous ensemble dans un espace finalement assez restreint, les choses dégénèrent jusqu'à un point de non retour. Si bien qu'après une dispute plus violente que les autres, j'annonce que je débarquerai sitôt arrivés à Dakar. Aussitôt, Christophe prend la même décision. Lui non plus ne supporte plus les propriétaires du bateau qui ont tendance à confondre équipiers et esclaves.



16 novembre 2000

Arrivés à Dakar, nous annonçons notre décision à Claudia et Jacques. Ils sont furieux. Ils s'excusent et nous demandent de rester. Ils ne veulent pas se retrouver seuls pour la traversée de l'Atlantique. Nous décidons de rester encore un peu et, en gage de réconciliation, nous allons tous ensemble, visiter Dakar. Sur la Place de l'Indépendance, nous sommes littéralement assaillis par des «banas-banas» (vendeurs ambulants). Ils veulent nous vendre de tout et n'importe quoi : des poupées africaines, des colliers, des bracelets, des pantalons, des tee-shirts, des rasoirs, des piles, des montres.


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« Au souk, les marchands qui tiennent une boutique ont pris le relais des « bana-banas ». L'un d'eux m'a demandé :
- Alors, Princesse, ça te plait l'Afrique ? Comment tu trouves le Sénégal ? Et les Africains, comment tu les trouves les Africains ???
- Noirs, ai-je répondu. Ce qui a fait rire tout le monde. »



20 novembre 2000

Le départ pour Sally est prévu pour demain, alors aujourd'hui, grand ravitaillement ! Les courses nous prennent toute la matinée et le rangement, la moitié de l'après-midi, car comme d'habitude, il nous faut laver tous les fruits et tous les légumes à l'eau de javel. Idem, pour toutes les canettes de bière et de coca, les boites de conserves, les pots de confitures. Il faut retirer toutes les étiquettes des boites et écrire au marqueur ce qu'elles contiennent, puis trouver une place pour chaque chose, ce qui n'est pas facile étant donné que toutes les cales sont déjà pleines de provisions achetées en France. Mais, celles-ci, nous n'avons pas le droit d'y toucher. Ce sont les provisions privées de Jacques et Claudia, qu'ils utiliseront lorsque nous ne serons plus à bord, dans cinq mois normalement.


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« A Sally, nous avons rencontré un jeune homme qui nous a raconté qu'il venait d'une famille de 43  personnes ! Son père était polygame, il avait 4 femmes et donc de nombreux enfants. Il nous a dit que maintenant, les jeunes ne voulaient plus de la polygamie car quand il y avait trop d'enfants à la maison, les parents n'avaient pas les moyens de les éduquer correctement. Lui, il avait dû interrompre ses études car son père avait tellement d'enfants, qu'il ne pouvait pas se permettre de leur payer, à tous, des cahiers et des stylos pour aller à l'école. »


sally



24 novembre 2000

Nous remontons, prudemment, le Saloum, au moteur. Le fleuve est constitué d'innombrables bolons et bancs de sable, pas forcément marqués sur les cartes. Il faut faire attention de ne pas s'échouer. Sur les rives toutes plates, les palétuviers, les pieds dans l'eau saumâtre et la tête au soleil, abritent des milliers d'oiseaux : des pélicans, des sternes, des hérons, des rapaces, des échassiers. Ils nous offrent un magnifique spectacle lorsqu'ils s'envolent tous ensemble, d'un seul coup d'aile.

Vers midi, nous arrivons à Foundioune, une petite ville de six mille habitants, située à 30 miles de Sally, sur la rive droite du fleuve.


un "taxi" sénégalais !


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« Dans les rues, les chèvres, les cochons et les poules circulaient librement. Quelques enfants jouaient avec un vieux pneu. Nous n'avons jamais vu d'enfants jouer avec des vrais jouets. Nous en avons croisé qui roulaient à deux sur un vieux vélo sans pneu. Tout le monde nous disait bonjour. Les enfants venaient nous serrer la main et nous demandaient comment nous allions ».


une mère et son fils



30 novembre 2000

Rien ne va plus à bord ! Christophe a quitté le bateau, ce matin, très tôt. Il rentre en France. Amandine et moi allons partir aussi. Nous ne voulons pas rester seules avec Claudia et Jacques, qui se montrent chaque jour de plus en plus désagréables à notre égard. Jean et Isabelle, parent d'une petite Perrine, que nous avons rencontrés dès les Canaries nous ont proposé d'embarquer pour la Traversée de l'Atlantique sur leur catamaran, lorsque nous leur avons annoncé que nous ne continuions pas le voyage sur l'Arlekino.


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« Notre première journée et première nuit sur Tubi se sont très bien passées. L'ambiance à bord était beaucoup plus agréable que sur l'Arlekino. Personne ne me disait rien si je mettais des miettes par terre quand je mangeais. De toute façon, Perrine en faisait tout autant et Isabelle disait que ce n'était pas grave. Quand nous rentrions au bateau, nous n'étions pas obligées de retirer nos chaussures pour monter dans l'annexe. La première fois, Maman et moi, nous sommes déchaussées avant de monter et Jean s'est moqué de nous. Nous leur avons, alors, raconté comment ça se passait sur l'Arlekino et ils ont bien rigolé. J'étais vraiment contente que nous soyons parties. »



2 décembre 2000

C'est parti pour la Grande Traversée ! Prochaine étape : Salvador do Bahia, au Brésil. Nous en avons pour une quinzaine de jours avant de revoir la terre ferme.

Jean organise les quarts et nous nous répartissons les différentes tâches ménagères. Isabelle, excellente cuisinière, se réserve la préparation des repas. Je ferai la vaisselle et Jean s'occupera de vider le poisson que nous ne manquerons pas de pêcher. Amandine et Perrine s'occupent presque toutes seules tout le temps. C'est une chance pour l'une comme pour l'autre d'être ensemble pour cette traversée, qui aurait risquée de leur sembler longue si elles avaient été seule, chacune sur un bateau.


le tubi


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« Notre jeu préféré, c'était de faire semblant d'être sur un bateau et de faire une course. Nous faisions toutes les manoeuvres. Nous mettions toutes les voiles : la grandvoile, le génois et le spi pour avancer plus vite et arriver les premiers et avoir la coupe du monde. On jouait aussi à pêcher. Les poissons, c'étaient nos poupées. On les attachait avec des bouts et on disait qu'ils avaient mordu à l'hameçon. On pêchait des dorades coryphènes, du marlin, du thon, de la bonite. On jouait aussi beaucoup sur le trampoline. Nous y allions à chaque fois que Maman, Isabelle ou Jean voulait bien venir nous surveiller devant car nous n'avions pas le droit de sortir du cockpit toutes seules et encore moins d'aller à l'avant sans être accompagnées. »


Nous rencontrons souvent des dauphins. Ils sautent tout autours du bateau, se frottent le ventre contre les coques et font parfois de telles cabrioles qu'on a l'impression qu'ils nous offrent un vrai ballet nautique.

Après environ une semaine de navigation, nous entrons dans le « pot au noir » et sommes obligés de naviguer au moteur pendant presque toute la traversée de cette zone (3 jours) car les vents sont complètement tombés... en même que la température. Il nous faut ressortir les pantalons et les fourrures polaires pour les quarts de nuit.


Extrait du journal de bord d'Amandine :

« Une nuit, j'ai vu un bateau pirate. Je n'ai pas vu les pirates, ni le drapeau noir avec la tête de mort, mais je sais que c'était un bateau pirate parce qu'il naviguait tous feux éteints. Normalement, la nuit, quand on navigue, il faut allumer ses feux de route pour être vu de loin par les autres bateaux et éviter de se faire rentrer dedans. Et bien lui, il naviguait sans lumière, exprès pour qu'on ne le voit pas. C'est pour ça que je sais que c'était un bateau de pirates. Ils ne voulaient pas se faire repérer. Les pirates nous ont doublés et ont disparu dans la nuit. Ils ne nous ont pas vus. Heureusement, sinon, ils nous auraient peut-être attaqués. Leur bateau était beaucoup plus gros que le nôtre. C'était un gros cargo de pirates. »

 

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Petit port à Bayahibe
Bayahibe