Amandine, la petite vagabonde des mers - Etape 3
Canaries - Cap Vert - Sénégal - Brésil (octobre 2000 - mars 2001)
Nous arrivons à Salvador sous un ciel couvert. Il nous aura fallu 14 jours exactement pour traverser l’Atlantique. Après avoir correctement amarré le bateau, nous allons déjeuner au restaurant du Centre nautique : « picanha » (délicieux pavé de boeuf brésilien) et frites pour tout le monde, histoire de changer de régime après 14 jours de menus composés exclusivement de poisson, frais et excellent, mais finalement peu varié à la longue !

Nous restons jusqu’à Noël à bord de Tubi et puis, il nous faut encore changer de bateau… C’était prévu, au départ du Sénégal. Isabelle et Jean nous avaient prévenues qu’ils auraient besoin de notre cabine pour recevoir des amis après Noël.
26 décembre
Nous embarquons à bord de Tiramissu, un OVNI de 14 m, amarré juste en face Tubi. Bertrand, le skipper a besoin d’équipiers pour remonter le bateau jusqu’à Bélem. En l’occurrence, puisqu’il a le choix, il décidera de n’embarquer que des équipières… Isabelle et Juliette viendront rapidement compléter l’équipage.
Le départ pour Fortalezza est prévu pour la fin du mois seulement. Ca nous laisse pas mal de temps pour explorer Salvador et les alentours : Maragojipé, Sao Francisco, Cachoera, le long du fleuve Paraguassu et les îles de la Baies de tous les Saints : Itaparica, Moro de Sao Paulo… et de profiter des magnifiques plages de sable blanc, à Barra ou dans les îles. La température de l’eau à Itaparica s’élève à 31° ! Se baigner n’est même pas rafraîchissant !
Extrait du journal de bord d’Amandine :
« A Salvador, les petites filles étaient toutes habillées comme les femmes. Elles portaient des petits shorts et tee-shirts à petites bretelles au-dessus du nombril et des jolies sandales, avec des petits talons. J’aurais bien aimé que Maman m’achètent des chaussures à talon mais elle ne voulait pas, elle disait que j’allais me tordre les pieds en marchant sur le ponton et tomber à l’eau. »
Isabelle, Juliette et moi nous entendons très bien. Par contre, très rapidement, nous nous accrochons avec Bertrand qui estime que puisque nous sommes sur son bateau, nous lui appartenons… Ils ne supportent pas que nous ayons des amis sur d’autres bateaux et que nous sortions sans lui. Evidemment, ça pose quelques problèmes, que nous prenons à la rigolade au début mais qui ne feront que s’aggraver au fil des semaines que nous passerons avec lui.
Nous profitons de notre séjour à Salvador pour participer à toutes les fêtes : vêtus tout de blanc, nous allons nous purifier lors du traditionnel bain de minuit, le soir du nouvel an. Nous suivons (des yeux seulement !) la procession des fidèles qui se rendent à l’église de Bonfim, le jour du grand lavage des marches (11 janvier). Nous allons faire une offrande à Yemanja, la déesse de la mer, à Rio Vermelhio, le jour de sa fête (2 février)…

Extrait du journal de bord d’Amandine :
« La fête de Yemanja, la déesse de la mer est très importante à Salvador parce qu’ici tout le monde adore cette déesse. Elle est très belle. Elle ressemble à une sirène. Elle vit dans la mer mais elle a aussi une maison, en haut des rochers au dessus de la plage de Rio Vermelho. Le jour de sa fête, il faut lui faire des offrandes. Maman, Juliette et Isabelle ont acheté des roses pour elle. Moi, je n’ai pas voulu lui donner ma rose… Elle était trop belle, je voulais la garder pour mon mariage avec Maximilien. »
3 février 2001
Nous partons pour Recife, situé à 420 miles au nord de Salvador avec un fort vent de face. Nous commençons par tirer des bords au large pour essayer d’avancer contre le vent, mais un fort courrant de face, lui aussi, de deux noeuds rend tous nos efforts inutiles. Nous tirons des bords carrés. Bernard se résout à contre-coeur à affaler les voiles et à mettre le moteur.

7 février 2001
Nous arrivons finalement à Recife, après avoir fait 500 miles au loch, à cause de tous les bords que nous avons tirés pour essayer de naviguer à la voile, contre le vent et le courant. Pour nous remettre de cette très désagréable traversée durant laquelle Amandine a été malade, presque tout le temps, nous passons la fin de la journée à la piscine du Cabanga Yacht Club, où nous serons conviés le lendemain matin à prendre un succulent petit déjeuner : Omelette à la saucisse, bananes cuites, patates douces, ignames. ainsi que toutes sortes de fruits : mangues, ananas, papayes, goyaves, pastèques, melons, avocats (avec du sucre !)… Et des gâteaux à la banane, à la noix de coco, à la noix de cajou…, le tout accompagné de jus de fruits divers et variés. Délicieux !
11 février 2001
Nous quittons Recife pour Fernando de Noronha. Nous mettrons 2 jours 1/2 pour parvenir à destination, avec en permanence plus de 25 noeuds de vent de face, ce qui nous obligera à naviguer tout le temps au pré serré, une allure qu’Amandine a beaucoup de mal à supporter.
Extrait du journal de bord d’Amandine :
« Dès que j’avalais quelque chose (nourriture ou boisson), je vomissais. J’étais beaucoup plus malade que pendant le parcours Salvador-Recife. Maman ne savait plus quoi faire. Je suis restée allongée dans le cockpit durant les deux jours 1/2 de navigation. La nuit, ça allait mieux. Maman me couchait dans la cabine et restait avec moi jusqu’à ce que je m’endorme. Je dormais bien mais le lendemain matin, dès que j’étais réveillée, j’étais de nouveau très mal. »
Nous restons 6 jours à Fernando do Noronha, que nous passons à parcourir l’île en tous sens, en buggy à pied ou en stop. Nous nous baignons sur les plages du sud de l’île, calmes et tranquilles. Nous jouons dans les vagues des plages du nord, exposées à tous les vent. A Praia de Sueste, je nage avec une tortue, aussi surprise que moi par la rencontre ! Sur la plage des dauphins, des dizaines de mammifères marins nous offrent un fantastique spectacle de sauts et de cabrioles, pour le plus grand plaisir d’Amandine.
19 février 2001
Nous quittons avec regret Fernando de Noronha pour Fortalezza, une traversée de 420 miles, effectuée sans problème, en 3 jours et 3 nuits, tout en vent arrière et nous arrivons en pleine période de Carnaval ! Dans les rues, des groupes de gens déguisés répètent pour le Grand Défilé qui aura lieu le 27 février. Les rues sont animées. La caïpirinha coule à flot, de la musique endiablée s’échappe de tous les bars, le spectacle est partout… C’est la fête !
Pour continuer la fête après le Carnaval, je confie Amandine à un ami et je vais, avec tout l’équipage de Tiramissu, danser au « Pirata », la plus grande boite brésilienne, réputée dans tout le pays pour sa musique et son ambiance d’enfer.
Extrait du journal de bord d’Amandine :
« Nous avons goûté à la boisson des Indiens d’Amazonie : le Guarana. C’est une boisson épaisse, comme un milk-shake, au goût de noisette. Dedans, il y a toutes sortes d’ingrédients et notamment des oeufs de cailles entiers, mixés avec la coquille ! »
1er mars 2001
Sur Tiramissu, rien ne va plus ! Bertrand devient violent et menace de nous passer par dessus bord, si nous ne lui obéissons pas ! Nous décidons toutes de partir. Isabelle et Juliette trouvent chacune un nouvel embarquement et Amandine et moi retournons sur Tubi.
Deux jours plus tard, nous levons l’ancre pour Soure, où nous ferons escale avant d’atteindre Belem. Nous mettrons 5 jours pour parcourir les 660 miles qui nous séparent de l’île Marajo.
La navigation est assez difficile. A partir du troisième jour en mer, nous essuyons plusieurs grains très violents. Perrine et Amandine sons obligées de rester enfermées dans le bateau. Nous ressortons les cirés… A 100 miles de l’embouchure de l’Amazone, l’influence du fleuve se fait déjà sentir. L’eau est marron. La dernière nuit, nous entrons sur le Rio Para, à marée montante. Deux nœuds de courrant nous aide à avancer. La nuit est complètement noire. Aucune lumière le long des côtes ne brille pour nous permettre de nous repérer et dans le ciel, la lune est absente. Jean est très inquiet. Il craint de s’échouer sur les nombreux bancs de sable qui parsèment le fleuve ou de rentrer dans un tronc d’arbre flottant sur l’eau. Nous naviguons au GPS et nous relayons, Isabelle et moi, pour scruter l’eau noire et essayer de repérer les bouées du chenal, qui bien sur, ne sont pas éclairées…
7 mars 2001
Nous arrivons à Soure, la principale bourgade de l’île Marajo, l’une des plus grandes îles fluviales du monde. 250 000 habitants y vivent en compagnie de 3 500 000 buffles !

Extrait du journal de bord d’Amandine :
« Je suis montée sur un buffle avec Maman et on s’est baladé dans la fazenda. Je n’ai pas eu peur, pourtant il était très gros. Dans un champ, nous avons vu un bébé buffle qui était né le jour même. Il était mignon, il tétait sa maman. Il avait encore un peu de mal à se tenir sur ses pattes. »

Pendant que nous visitons une fazenda, un orage très violent éclate soudain. En un rien de temps, le ciel devient gris, puis noir. La pluie se met à tomber brutalement, très drue. Nous réfugions dans la maison, de la propriétaire de la fazenda, qui nous offre un goûter à base de produits locaux : fromage de lait de bufflonne, gâteaux…
Lorsque nous rentrons au port, mauvaise surprise : plus de Tubi ! A-t-il été volé ? Jean et Isabelle sont très inquiets. Nous le retrouverons, finalement, 800 mètres plus loin... Son ancre avait dérapé sous la poussée des vents violents (35 noeuds) et du courant très puissant au moment de la marée montante. Elle avait fini par se ré-accrochée toute seule au fond, à la fin du grain…
14 mars 2001
C’est encore sous la pluie que nous quittons l’Ilha Marajo. Il nous faudra 7 heures pour parcourir les 60 miles qui nous sépare de l’autre rive du fleuve. La navigation est délicate… le fleuve charrie toutes sortes d’obstacles, beaucoup de branches d’arbres mais également des troncs !
Il pleut également pendant les quelques jours qui suivent notre arrivée. Le ciel est gris et bas. Nous profitons d’une accalmie pour aller au marché Ver-o-peso, le plus vieux et le plus typique des marchés de Belem, pour faire quelques derniers achats avant de quitter le Brésil. Construit au début du XIXe siècle, le marché, composé d’un inextricable dédale de baraques en bois, recouvertes de bâches en plastique ou de tôle ondulée, a sans doute très peu changé depuis l’époque de son édification. Il abrite des dizaines de petites échoppes, où s’entassent des fruits, des légumes, des épices, de la viande, des vêtements, des ustensiles de cuisines, des outils, des flacons d’huile, des statues des Saints et de la Vierge.. Je tiens fermement Amandine par la main car j’ai peur de la perdre dans ce labyrinthe !
25 mars 2001
Nous quittons Tubi et nous prenons l’avion pour Cayenne, où nous passerons une petite semaine (à l’hôtel !), avant de rentrer en France. Amandine va retrouver son papa qu’elle n’a pas vu depuis six mois.

Site Web de l'auteur : http://www.geocities.com/vagabondine2000/
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