Istanbul et l'Europe

Istanbul, l’occidentale


Sultane du soleil couchant, Istanbul libère des effluves métissées d’un Occident aux couleurs d’Orient. Et pour cause, une partie du cœur de la ville des mille et une nuits palpite au rythme de la jeunesse, des modes libérées et du quotidien pétri de désinvolture face à sa rivale asiatique, plus austère. Sa partie européenne, la plus ancienne, prend racine sur les rives de la Corne d’Or enjambées d’ailleurs par trois ponts dont celui de Galata, lieu symbolique qui marie deux cultures opposées : la traditionnelle et la contemporaine.
Rencontre d’Istanbul l’européenne : une ville dans la ville.

La ville occidentale se partage en deux où d'un côté la vieille ville trône sur sa prestigieuse histoire et de l'autre, en face de la matriarche, se dresse Beyoglu, foyer de la vie nocturne, des arts et du spectacle.

La vieille ville

Vieille villeCapitale d’empires, l’ancienne Byzance enveloppée entre la pointe du palais de Topkapi et les anciens remparts dorlotent quelques perles stambouliotes : les faubourgs. Eminonii à deux pas du pont de Galata ou encore Aksaray, carrefour de deux artères  principales de la ville panachent cet endroit hiératique. Mais encore Sirkeci où se niche la gare aux courbes généreuses arabo-andalouse du célèbre Orient Express. Ce mythique train de luxe finit sa folle course à la gare de Sirkeci. L’histoire veut que toutes les vedettes de l’époque transportées par ce train de légende logent au Péra Palace, construit en 1892 par la Compagnie des Wagons-Lits. Agatha Christie écrit même son roman  Le crime de l’Orient-Express  dans une des chambres de cet illustre hôtel, encore ouvert aujourd’hui. Lorsque l’Orient, encore inconnu, suscitait toutes les convoitises, le quartier aux Petits-Champs, près de l’hôtel, évoquait les mille et une merveilles du soleil levant.
Théâtre de traversées, ce quartier recueille le terminus du nouveau tramway et le débarcadère où les bateaux dépouillent leurs carcasses de leurs marchandises.
Sultanahmet symbolise le cœur historique d’Istanbul qui enthousiasme bon nombre de touristes. L’église Ste Sophie et d’autres églises byzantines, la mosquée bleue, les palais…jaillissent du sol de cette antique contrée.  Les quartiers comme Fener  quartier grec où trône le patriarche de l’Eglise orthodoxe, ou encore Balat qui a enflammé la prose de Théophile Gautier dans son ouvrage Constantinople enrichissent culturellement un faubourg qui a survolé le temps sans jamais perdre sa flamme. Tous deux se parent de rues bordées d’anciennes maisons, synagogues et églises byzantines et ottomanes.
A leurs côtés, le quartier gitan d'Ayvansaray abrite le palais byzantin des Blachernes et forme avec ses voisins un des coins éminents du vieil Istanbul. Sans oublier le quartier du Grand Bazar, Beyazit ou encore celui cher au cœur du poète français Pierre Loti, Eyup qui fignolent la vieille ville, dauphine de la mémorable Constantinople.
Le golfe de la Corne d’Or, somptueux port naturel scinde en deux la partie européenne. D’un côté, les vestiges d’un passé glorieux, la vieille ville et de l’autre, les prémisses d’une Istanbul moderne et juvénile, Beyoglu.

Beyoglu ou la ville nouvelle

BeyogluCosmopolite, riche, ouverte, Beyoglu ou la marche en avant d’Istanbul. La plupart des consulats, des ambassades, des banques et maisons de commerce tapissent le paysage de la ville nouvelle, notamment en empruntant les ruelles d’Istiklal Caddesi, ancienne avenue de Péra où foisonnent  restaurants branchés, cafés et bars chics. Istanbul dévoile alors ses racines européennes où s’étalent des boutiques haut de gamme, et des hôtels de luxe autour de la place de Taksim, centre de l’Istanbul moderne. Un vieux tramway permet d’accéder à ce quartier commercial qui s’illustre par un bataillon de restaurants,  et de salons de thés aux allures internationales. D’ailleurs, certains lycées franco-turc comme celui de Galatasaray  pointent le bout de leur nez dans ce décor occidental.
Les touristes avides de shopping luxueux peuvent assouvir leur soif dans le quartier résidentiel Nisantasi, au nord de Taksim. Boutiques et magasins design dessinent le visage de ce faubourg florissant.
Beyoglu affiche une tendance festive et contemporaine à travers ses petites parcelles européennes comme Ortakoy, un quartier trépidant d’impatience orné de rues pavées où cafés et restaurants décorent le panorama. En quelques années, ce faubourg est devenu un des endroits branchés de la côte européenne avec des boîtes à ciel ouvert durant l’été. Pour les matiniers, le dimanche, le quartier enlève sa tenue de fête pour proposer une ambiance plus veloutée avec un marché d’antiquités.
Quelques traces de tradition subsistent encore à travers les vieilles maisons de bois, les synagogues et les églises, mais elles restent décalées face à la profusion de luxe et de richesse. Bebek en est l’exemple. Il s’inscrit comme l’un des quartiers les plus riches d’Istanbul avec sa cascade de maisons en bois, les yali, magistralement rénovées. Beyoglu
Installée sur les anciennes bourgades de Galata et Péra, la nouvelle ville  perpétue la liaison avec l’ancien « monde » plein de symboles passés grâce au pont de Galata, où les pêcheurs s’entassent, les vendeurs ambulants se croisent et les musiciens enivrent.
A quelques pas, le quartier Tunel, icône de la prospérité stambouliote, se devine. C’est l’Istanbul des écrivains, des poètes, des peintres où règne une ambiance bohème du Paris du XIXème siècle. Les rues Sofyali Sokak et Mesrutiyet Caddesi gardent cette empreinte artistique où chacun peut déambuler à son gré. Repère des musiciens en tout genre, ce quartier abrite une multitude de disquaires, d’instruments de musique et même des fabricants comme les artisans qui façonnent à la main, les célèbres cymbales d’Istanbul. C’est ici, d’ailleurs que la tour Galata prend son élan, dernière trace de l’époque génoise qui offre à son sommet un panorama imprenable sur la Corne d’Or, et la ville.


Julie Verdier
Publié le 18/08/09

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