Ce n'est que transposer là-bas ce que nous essayons de faire ici ![]()
(Inti Salas Rossenbach)
Inti Salas Rossenbach : Par philosophique, j’entends simplement que nous nous fixons une exigence de réflexion, et non uniquement de description de ce que nous aurons vécu. A vrai dire, ce n’est que transposer là-bas ce que nous essayons de faire ici. Ce n’est absolument pas un pèlerinage : nous ne savons pas ce que nous trouverons et n’avons jamais cru aux apparitions de Vierges immaculées. Modestement, je m’impose simplement d’essayer de penser, à l’écart des clichés ou des modes du moment. Or comme toute pensée qui ne soit pas purement spéculative ou métaphysique se nourrit de l’expérience, vécue ou lue, cette exigence de réflexion s’imposait.
Alexandre Chenet : Et voici LA grande question. C’est tout naturel que vous nous la posiez, c’est même une évidence. Mais c’est aussi tout naturel qu’on ne puisse pas vous répondre, du moins pas avec exactitude comme vous nous le demandez.
Je peux vous apporter des centaines de réponses. Elles seront, à mon sens, toutes justes. Et elles seront toutes intimes et même si intimes et si personnelles que beaucoup sont certainement de l’ordre de l’inconscient.
Pour moi, le terme de philosophie fait référence à cette envie de comprendre cet incompréhensible. J’espère que ce voyage va nous permettre d’échafauder, ou non, des pistes de réflexions et de compréhensions de qui nous sommes nous-même, mais aussi nous dans la société.
Je vous dirais aussi que je vais chercher l’absence de repères. Lorsque nous ne sommes plus stimulés par tout un tas d’événements, ou d’objets de la vie quotidienne, les réflexions qui nous viennent sont plus claires, et peut-être aussi plus justes. C’est souvent au moment le plus inattendu que survient l’idée qui va débloquer le problème qu’on a en tête depuis un moment. C’est tout bête comme instant, sous la douche, dans le métro ou à vélo, mais réussir à faire perdurer cet état est très compliqué.
J’ai l’impression qu’en me lançant dans ce genre d’aventure, j’arrive à retrouver, dans la durée, cet état où mes réflexions s’amusent, se concentrent, ne sont plus embarrassées par autre chose que ce à quoi je réfléchis, consciemment ou inconsciemment.
Je l’ai expérimenté en voyages et je crois aussi l'avoir retrouvé dans différents écrits. Je vous citerais “Au bout de la peur”, un livre de Geoffroy Moorhouse qui m’a beaucoup marqué. Egalement, Charles Darwin, dans son “Voyage d’un naturaliste autour du monde”, me semble évoquer ce genre de sensations.
Et je ne dis pas qu'il faille aller tout là-bas, ou monter toute une expédition, pour vivre ces instants dans la durée. Je dis que pour moi, il m'est plus facile d'y parvenir ainsi. Ce n'est pas non plus une recette magique, peut-être que je ne trouverais pas cela durant ce voyage. Mais dans ce cas, je suis persuadé que je trouverais autre chose. Quelque chose de différent.
Et, vous avez du le remarquer, nous sommes deux personnes qui intellectualisons beaucoup. Trop peut-être parfois. Alors c’est amusant de tenter ce genre d’expérience.
Une équipe vous suit depuis plusieurs mois pour préparer cette aventure (médecins, ingénieurs, moniteurs de kayak…). Une certaine pression pèse sur vous, ressentez-vous une quelconque peur, face aux éléments ou face à vos possibilités personnelles ?
Inti Salas Rossenbach : Vous parlez d’équipe et en effet, qu’ils soient tous chaleureusement remerciés, ainsi que nos sponsors : ils sont indispensables à ce qu’est devenu Patagonia 2009, et sans eux, pas grand’chose n’aurait été possible.
Quant aux peurs, si bien j’en ai, avant le départ qui approche, elles n’ont rien à voir avec ce que je rencontrerai là-bas.
Notre langage est ici un peu limité. Il faudrait que nous disposions de mots distincts pour désigner les peurs et craintes liées à « l’avant » des peurs immédiates, celles de l’action. Face à ce que nous vivrons en Patagonie, je n’ai aucune des premières ; il est par contre certain que j’aurai des secondes, dans l’action. Les premières, souvent, inhibent et favorisent l’inaction. A l’inverse, les peurs en situation sont souvent une précieuse aide à la décision, des alertes qui tiennent en éveil et, finalement, permettent d’éviter l’incident. Quant à mes “possibilités personnelles”, c’est une histoire entre moi et moi, et je vous assure qu’on n’est pas d’accord.
Alexandre Chenet : Déjà, comme l’a souligné Inti, merci à l’équipe, tous bénévoles, dont vous parlez fort à propos.
Vous nous parler de pression, mais je ne sais pas ce qui vous fait dire qu’une pression pèse sur nous. Je m’en mets une certes, mais je crois que personne ne vient m’en mettre une. Quant à la peur, c’est vrai, j’en ressens une. Celle de l’échec. Mais si je vous dis ça, il faut que je vous définisse ce qu’est pour moi l’échec.
Depuis quelque mois, il n’y a, dans ma tête, plus qu’un échec possible. Ce serait de ne pas débuter l’exploration, ne pas réussir à quitter Punta Arenas. Problèmes d’autorisations ou de matériel ou de tout ce que l’on peut inventer comme barrières administratives. C’est le seul cas de figure que je veux, aujourd’hui, appeler échec. Si l’on part de Punta Arenas, ne serait-ce que pour une journée avant d’abandonner, parce que trop dur, pas assez préparé ou je ne sais quoi, alors ce ne sera pas un échec. De la déception certes, mais pas un échec. On a déjà tellement découvert de choses en mettant en place toute cette expédition, on a rencontré tellement de gens, on a appris… C’est déjà énorme.
La notion d’échec est d’ailleurs intéressante. Il y a quelques années, pour moi, l’échec aurait été de ne pas atteindre Coyhaique, comme nous nous le sommes fixés. En cumulant les sorties, en montagne notamment, j’ai acquis le sentiment que l’échec n’était pas de ne pas aller au bout. L’échec, c’est de ne pas commencer un projet parce que l’on se met, par anticipation, des interdits ou parce que les conditions obligatoires mais annexes, l’administratif par exemple, n’ont pas été réunies par manque de travail.
En regardant en arrière, je constate que 50 % de mes sorties en montagne se sont arrêtées bien avant leur fin imaginée. Une sortie prévue d’une semaine s’est parfois traduite par une nuit unique sous la tente puis retour au point de départ. Et dans ma tête, ce ne sont pas des échecs. Ces abandons m’ont souvent apporté beaucoup plus que les réussites.
Dans le cas de Patagonia 2009, je dois avouer que j’ai bien réussi mon coup. J’ai défini mon niveau d’échec par un point essentiel, celui de l’obtention des autorisations pour effectuer le parcours. En nous partageant les tâches, Inti et moi, je me suis débrouillé pour que ce soit Inti, justement, qui se charge de cette partie ! Ma peur de l’échec repose donc sur ces épaules. Pratique non ?

Durant l'expédition, comment pourrons-nous être au courant des avancées du projet ?
Alexandre Chenet : Un des points essentiels était de partager cette expérience. Nous avons donc mis en place des relais pour pouvoir discuter, échanger, partager.
Le site www.patagonia2009.com sera le moteur de cette communication. Vous pouvez d'ailleurs déjà vous y rendre. En plus de ce qui concerne directement l'expédition, vous y trouverez une bibliographie commentée de la littérature traitant de la Patagonie. Vous pourrez y lire aussi des articles sur l'histoire des Indiens ou sur la météo, quelques photos à regarder et quelques surprises glissées ici ou là.
Pendant l'expé, l'émission "Allô la planète" sur France Inter nous accueillera régulièrement en direct et d'autres émissions nous contacteront sporadiquement.
Des magazines, tel que Voiles et Voiliers, publieront des articles et des sites Internet suivront mensuellement les évolutions.
Le plus simple est encore de se rendre sur leur site :
http://www.patagonia2009.com/expe/-communication-.html
et de s'inscrire à la newsletter :
http://www.patagonia2009.com/expe/contact.php
Site Web de l'auteur : www.patagonia2009.com
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