Hôtel National des Invalides
Le prestige au service de l’histoire et de la mémoire
L’édifice est imposant, au bout de son esplanade. Il s’étend autour d’une majestueuse cour d’honneur, et ses couloirs, galeries, cours intérieurs et jardins subliment une architecture qui nourrit le prestige militaire français depuis sa fondation en 1671 sous Louis XIV. Au fil des siècles, les lieux subissent des modifications au gré des monarchies et des gouvernements en passant par l’Empire. Aujourd’hui, l’édifice poursuit sa fonction première d’hôpital militaire et abrite plusieurs musées et monuments, chefs-d’œuvre d’architecture et de culture.
Avant la création de l'institution, les soldats blessés ou trop âgés finissaient leur vie pour la plupart dans la misère la plus totale, vivant de rapine et de mendicité. Louis XIV se soucia de leur sort en créant cet hôtel, cette pension, pour leur offrir gracieusement le gîte et le couvert. L'édifice très vaste et aéré donne à voir la grandeur et la puissance royale puis impériale sur le pavé de sa cour, à travers les colonnades de sa partie supérieure où se succèdent les galeries (dont celle des Maréchaux d'Ornano) et les salons d'honneur qui offrent une vue imprenable sur l'esplanade, le pont Alexandre III, l'Opéra Garnier et les quais de Seine, ainsi que sur les cours annexes du bâtiment.
De longs corridors longent la cour d'honneur, bordés de canons fièrement dressés ou alignés, aux noms aussi évocateurs que « le Furieux », « la Bombarde » ou « le Médiateur ». Le visiteur ainsi guidé vers les différentes salles, peut poser son regard sur les détails de l'architecture et chercher la signification de chaque médaillon de pierre formant la frise de la galerie supérieure. Il s'étonnera ainsi de trouver la marque de Louvois, ministre royal de la guerre, sous les traits d'un loup dont les pattes enserrent un oil de bouf : « le loup voit ».
L'Hôtel avait pour fonction de prendre soin des invalides de guerre, de leur santé physique et spirituelle. Pour cette dernière, il fut commandé à l'architecte Jules Hardouin-Mansart l'édification de deux églises concomitantes pour que les soldats et le roi puissent assister aux mêmes messes en passant par des accès différents. L'église dite des soldats, l'église Saint-Louis, saint patron de la famille royale, est sobre, claire, presque froide. La galerie supérieure servait d'étage pour les chambres des malades qui pouvaient ainsi assister aux messes alités. La blancheur des lieux est rehaussée par les rangées de drapeaux qui courent le long de la corniche, des étendards pris à l'ennemi sur les champs de bataille et qui surplombent la nef depuis les grandes orgues, toujours utilisées lors de concerts, jusqu'à l'autel où se tiennent encore les offices.
En entrant dans l’église, par l’aile Sud de l’Hôtel, les dorures, les fresques et la coupole indiquent d’emblée la touche du Roi-Soleil et de Mansart à qui l’on doit des trésors d’architecture dont le château de Versailles se fait l’apothéose. Les yeux s’émerveillent devant tant de beauté dans les détails qui magnifient l’entablement, les peintures représentant la monarchie de droit divin et les évangélistes assurant le lien entre les apôtres et Dieu, le surprenant autel baroque et les colonnades de style corinthien, les médaillons marqués de « L » entrelacés, les bandeaux de motifs sculptés ornés de fleurs de lys, de soleils ou des profils des rois de France, et les faïences au sol représentant les symboles de la royauté.
Mais le visiteur ne s’y trompe pas : il y a bien eu un autre illustre maitre des lieux, et celui-ci y demeure encore. Des « N » côtoient les « L » et, alors que le regard devrait d’emblée se tourner vers le ciel, vers la coupole, il est irrésistiblement attiré vers le centre qui a été creusé pour accueillir le tombeau monumental de Napoléon. Sous son règne, L’Empereur avait commencé à faire de l’église du Dôme le sanctuaire des grandes figures militaires en faisant construire un tombeau pour y accueillir la dépouille de Turenne, puis un mausolée pour y transférer le cœur de Vauban ( celui-ci fut remplacé par un sarcophage de marbre entouré des allégories de la Science et de la Guerre). Plus tard, ce sont les tombeaux des Maréchaux Foch et Lyautey qui viendront s’y ajouter.
Napoléon fut inhumé en 1821 à Sainte-Hélène où il était en exil depuis 1815. Et c’est en 1841 sous Louis-Philippe qu’il fut décidé de transférer la dépouille de l’Empereur aux Invalides. L’architecte Visconti édifia un tombeau façonné dans des blocs de quartzite rouge, couleur impériale, et placé au centre d’une galerie circulaire percée directement sous la coupole de l’église
du Dôme. On accède à cette crypte saisissante en empruntant un petit escalier près du baldaquin baroque. Des colosses couronnés de lauriers d’or gardent les portes et annoncent l’atmosphère qui règne en ces lieux. Révérence, splendeur et prestige s’illustrent dans les bas-reliefs représentant tout autour du tombeau l’Empereur en Jupiter magnifique, restaurateur de l’ordre et de la concorde après le chaos de la Révolution. Des citations et des extraits de ses mémoires ajoutent du sublime et de la solennité à la galerie, tout comme les magnifiques statues blanches des Victoires ailées qui encerclent le tombeau. Dans un renfoncement, une petite chapelle a été édifiée dans laquelle repose la dépouille de l’Aiglon sous le regard impérial de son père qui apparaît sous les traits d’une très belle statue blanche et dorée (l’église du Dôme abrite également les sépultures de deux des frères de Napoléon).
Plus modeste, une galerie annexe a été creusée dans un deuxième cercle caché où sont inhumés d’autres militaires, tout comme dans le caveau des gouverneurs dont l’accès par l’église du Dôme, sous l’église Saint-Louis, n’est possible qu’en visite en groupe : au bout d’un sombre couloir, sous une voûte de pierre éclairée par une lumière tamisée, on a la surprise d’y retrouver notamment Rouget de Lisle, père de la Marseillaise, aux côtés du Général Leclerc.
A découbrir, également,au sein du prestigieux Hôtel National des Invalides, le Musée de l'Armée.
Audrey Bonnet
Publié le 28/10/09
Crédits photos : © Musée de l'Armée - Paris, © Musée de l'Armée / Paris - Distr. RMN



