Au moment de nous coucher, une première secousse. Nous nous sommes regardé inquiets et interrogés : était-ce normal ? Quand un volcan est en activité à proximité, difficile de rester serein. Aucun bruit dans la maison, nous restons couchés. Puis, vers 2h00 du matin, une nouvelle secousse plus forte nous a réveillés, et des bruits dans la maison ! Je suis allé aux infos « c’est normal, ne vous inquiétez pas ça arrive tout le temps ! » Plus possible de fermer l’œil de la nuit. Pour couronner le tout, en bas, des touristes chiliens étaient en train de se soûler ! Nous avons pris le bateau au petit matin, avec soulagement. Nous apprendrons à notre arrivée, trois heures plus tard que le volcan venait d’entrer en éruption ! Le village avait été évacué par l’armée ! C’est à ce moment-là que nous avons vraiment eu peur ! Incroyable coïncidence, 8 mois à surveiller ce volcan qui décide d’entrer en éruption le jour même où nous y sommes !
Nous avons connu le doute aussi, par exemple lorsque nous nous sommes retrouvé sans eau en terre de feu dans la baie Inutil ! Tous les points d’eau repérés étaient à sec, nous avions un vent de face supérieur à 100 km/h, il était très difficile d’avancer. La baie Inutil, quel nom ! Nous étions loin de l’axe routier principal, à 70 km du prochain village et à 70 km du précédent et pour couronner le tout, c’était le 25 décembre… Joyeux Noël ! Finalement, notre sauveur s’appellera Jules César, du nom de la bière sans alcool dont nous avons trouvé un coffre plein! La meilleure de notre vie. Même Nathalie qui n’aime pas ça en a bu une!
Oui, nous avons eu des moments difficiles, mais ils devaient faire partie de notre aventure, c’était l’essence même de notre voyage, tout pouvait arriver, nous n’avons pas été déçus.
Noël fut particulièrement difficile à vivre, loin de la famille, à l’autre bout du monde sous la tente au milieu de la Pampa chilienne en terre de feu. Nous avions un téléphone satellite surtout au cas où le problème de santé de Nathalie se manifeste, mais Noël a finalement été la seule raison de l’utiliser, pour nous rapprocher de la famille.

Quels ont été vos plus grands moments de bonheur qui sont venus contrecarrer ces aléas ?

Lac villa O HigginsLes plus grands moments de bonheur, ont été des plaisirs simples. Une pomme, une douche, un toit aussi rudimentaire soit-il, une table et des chaises. Nous nous souviendrons toujours d’un café et des galettes pur beurre offerts par Claude et José, un couple de retraités français. Nous étions au bout de la Carretera austral au Chili près de Villa O Higgins, un autre bout du monde. Nous étions resté plusieurs jours bloqués au bord du lac O Higgins à 60 kms d’un village argentin. Nous n’aurions du y rester que 2 jours mais le bateau n’a pas pu venir à cause du vent ! Le vent, encore ! Nous aurons attendu 4 jours alors que nous n’avions que 2 jours de nourriture et peu d’argent. Le luxe suprême sera 2 jours plus tard, nous retrouverons le couple pour croiser un fjord et cette fois, ils nous offriront un suprême de pintade aux carottes fait par Claude avant de partir de France et transporté en bocaux. Nos anges gardiens!

Autre moment fort, notre rencontre avec Hector un jeune Gaucho chilien. Hector nous emmènera dans sa famille, pain spécial, chants et danses chiliens, le père d’Hector nous donnera même des œufs au moment de nous quitter. Le repas partagé avec Luis et Yaline ainsi que la nuit passée chez eux, professeurs au bout du monde à Villa O Higgins. La rencontre dans des écoles primaires avec des élèves de 9 à 14 ans. Le plaisir de marcher ensemble dans des no mans land.

Vous dites que vous vouliez vous «vider de l’intérieur» pour mieux vous «remplir». Expliquez nous cette philosophie du voyage, qui s’apparente presque à une démarche de développement personnel.

Nous sommes conditionnés ! A grands coups de messages publicitaires, on nous dicte quoi faire, quoi et comment consommer, comment penser ! Nous vivons dans notre petit monde, dans une logique productiviste, avoir toujours plus, le dernier cri. Nos références sont basées sur ce qui nous entoure ou notre travail. Le « rêve américain » s’est exporté et devient le projet de vie de beaucoup de monde. Nous sommes passés par là, mais nous n’étions pas plus heureux pour autant. Nous avons voulu prendre du recul par rapport à notre mode de vie, nous recentrer sur des choses simples et essentielles, comme trouver à manger, trouver à boire et où dormir de manière à créer un vide en nous. En France, dans notre quotidien, tout est bien en place. Ce sont des repères pour certains, une prison pour d’autres, et il n’y a plus beaucoup de place pour l’imprévu. S’échapper des journaux télévisés, ne plus se préoccuper de l’estimation du moral des Français. Le vide créé et l’immersion dans un autre milieu nous permettrait de nous nourrir de ce nouvel environnement et de nous ouvrir à tout.

Comment ressortez-vous de cette expérience, physiquement et moralement ? Et si c’était à refaire, que changeriez-vous ? Que conserveriez-vous précieusement ?

Malgré les moments difficiles, ce fut une expérience unique et formidable. Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli, à pied ! A notre connaissance seul un couple d’Américains l’aurait fait mais dans l’autre sens et nous avons compris pourquoi ! Le vent, encore et toujours. J’imagine que d’autres personnes ont probablement réalisé notre parcours tout en restant dans l’ombre. Toutefois, nous aurons toujours en tête Patricio près de Puerto Bertrand au Chili, sortant affolé de chez lui et nous invitant à boire un verre pour fêter les premiers marcheurs qu’il voyait sur la Carretera austral. Un jus de framboise mémorable ! Un de ces plaisirs simples.rencontre
Si c’était à refaire, nous profiterions encore plus de chaque instant ! C’est passé vite, trop vite, nous avons pourtant essayé de profiter de chaque seconde au maximum mais il y avait quand même un petit stress qui, je pense, nous a empêché de profiter pleinement. Mais comme on dit, c’est toujours la première fois le plus dur !
Côté équipement, nos choix techniques étaient plutôt bons. Par contre, sans hésiter, il faudrait partir encore beaucoup plus léger en supprimant certains éléments comme des pantalons, des teeshirts ou encore des batteries de rechange.
Sur la forme, j’avoue que tous les VTT qui nous dépassaient me faisaient vraiment envie. Là où nous avions besoin de 4 à 5 jours de nourriture et d’eau pour relier 2 villages, les VTT n’avaient au maximum qu’un jour de logistique, ce qui était donc beaucoup plus facile à gérer. Ce mode de déplacement reste proche de la nature, proche des gens même si le contact est moins naturel qu’à pied.
Physiquement, nous avons fini avec quelques kilos en moins malgré les pâtes quotidiennes. Moralement, le retour en France a été difficile car il a fallu rentrer par anticipation et gérer une maladie.

Vous êtes vous « remplis » ? Avez-vous d’autres projets ?

torresJe pense que nous sommes revenus beaucoup moins matérialistes, même si nous ne l’étions pas forcement avant. Cela nous a également permis de redéfinir nos priorités et nos projets de vie. Sur place, nous avons rencontré beaucoup plus de gens voyageant que nous ne l’aurions pensé, cela nous a même interpellé ! Nous pensions que notre démarche était déjà assez folle mais nous avons rencontré des personnes qui avaient tout lâché en France, maison, boulot pour voyager. Certains voyageaient depuis 3 ans, avec femme et enfants : partis à 4 ils étaient maintenant 5 ! Un couple suisse, parti d’Alaska en Vélo 3 ans plus tôt, tractait un enfant de 2 ans sur un vélo, incroyable ! Claude et José, nos anges gardiens à la retraite, étaient partis pour 3 ans autour du monde dans leur 4x4 aménagé. Nous savons maintenant pourquoi nous travaillons et ce que nous ferons à notre retraite.
A court terme, nous aimerions publier un récit de notre voyage, l’écriture est en cours, nous aurions besoin maintenant d’un éditeur.
Sinon nous tenions absolument à voir le désert d’Atacama malgré les problèmes de Nathalie. Nous avons fait demi-tour à San Pedro d’Atacama au Nord du Chili.
San Pedro nous attend maintenant à peine à 20 kms de la Bolivie.


Propos recueillis par Audrey Bonnet le 14/10/2009
Crédit photos : © José et Nathalie Gomez




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