Interview de Jean-Michel Cousteau

Né en 1938, Jean-Michel Cousteau est à la fois explorateur, environnementaliste, pédagogue et producteur. Il a réalisé plus de 80 films, inspirés de ses déambulations constantes à la surface des mers et de ses multiples plongées. Il complète cet intérêt pour l’eau à un attrait pour l’urbanisme puisqu’il a obtenu son diplôme d’architecte en 1964 à Paris. Enfin, il s’adonne à l’écriture et a publié quelques ouvrages dont le dernier en date est une biographie sur son père : « Mon père, le commandant » (L’archipel, Paris, 2004 / Archipoche, Paris, 2010).
On ne peut pas évoquer le nom de Cousteau sans penser à votre père, le célèbre commandant. Comment vous situez vous par rapport à lui ? Qu’est-ce qui vous démarque de lui ?
Tout le monde est différent. J’ai beaucoup travaillé avec mon père et ai été infiniment impacté par la philosophie qu’il m’a transmise. Je pense avoir dans l’ensemble respecté ses idées. Bien entendu, chaque individu a sa propre personnalité et je me suis beaucoup concentré sur l’éducation par exemple, ce qui n’était pas son cas, bien que ses messages étaient éducatifs aussi. Mais nous, on s’adresse aux jeunes, on les sort des écoles, on va les mouiller. On est très investis là dedans.
Est-ce que le message est différent ?
Non, absolument pas. Il est plus en profondeur en ce sens qu’on a plus de temps donc on peut passer entre 4 ou 5 jours avec les enfants et transmettre beaucoup de messages. J’ai eu le privilège de grandir avec lui et de pouvoir continuer dans le même esprit. La technologie a beaucoup changé aujourd’hui. À travers Internet, on a accès et on peut échanger énormément d’informations.
J’ai envoyé un message au sujet de la catastrophe dans le Golfe du Mexique*. 1 200 et quelques personnes sont allées le consulter en une journée, ce qui est considérable. Avant, on n’avait pas ces méthodes, cet accès relativement en profondeur au public.
Votre association, Ocean Future Society cherche à sensibiliser le public. Pouvez-vous nous en dire quelques mots et préciser pour quelle cause vous militer, si vous militer ?
Militer n’est peut-être pas le mot qu’il faut utiliser. Je communique, je dialogue, avec les décideurs. Ça commence d’une façon superficielle, via des films de télévision d’une heure. À partir des documents qu’on a enregistrés, on est en mesure de faire des petits messages que l’on fait passer.
Ce qui nous permet de faire venir des jeunes et de passer plusieurs jours ensemble dans différentes parties de la planète.Ça, on le fait depuis plusieurs années maintenant.
En plus, tout ce matériel et toute cette information nous permettent d’aller nous asseoir avec les décideurs, que ce soient des industriels ou des gouvernements, que ce soit local, national ou international. Je passe énormément de temps à avoir des dialogues avec eux. Évidemment, dans ce cas, le but est encore plus profond parce qu’on essaye de leur procurer l’information qui leur permettra de prendre des décisions, qui ont plus de valeurs et qui sont plus écologiquement orientées dans l’intérêt de tout le monde.
Que ce soit l’Internet, les contacts directs, la télévision, c’est dans l’ensemble assez nouveau et pour moi, toute ma vie et celle de notre équipe sont dédiées à communiquer.
Vous concentrez-vous uniquement sur les océans ou êtes-vous au contraire attiré par d’autres thèmes ? Pouvez-vous expliquer pourquoi votre mission se synthétise ainsi : « Protéger les océans, c’est se protéger soi même » ?
Je me concentre sur l’eau. Si vous regardez les racines de l’océan, ça vous amène dans les Andes, dans les Alpes, partout où il y a de l’eau. Que ce soit de la neige ou de la glace, c’est le même système aquatique. La neige qui est en haut des montagnes vient des océans et y retourne.

Sans eau, il n’y a pas de vie. Quand vous buvez du vin ou du champagne, vous buvez l’océan ; quand vous allez faire du ski, vous skiez sur l’océan. Vous faites du patin sur l’océan. Il n’y a qu’un seul système aquatique qui est en mouvement constant. Une des qualités principales des océans est de purifier l’eau puisqu’elle s’évapore, que cela crée les nuages qui sont de l’eau parfaitement propre.
Au sujet des océans, avez-vous vu le film de Jacques Perrin, Océans ?
Je l’ai vu en français et en anglais. La version anglaise est assez différente. Ce sont des images absolument extraordinaires mais, pour la plupart, de créatures que je connais depuis 50 ans. Je dirais qu’environ 10% de son film m’a beaucoup surpris car c’était des choses que je n’avais pas vues. Ce qui m’a manqué, c’est l’absence de messages.
Nicolas Hulot au contraire, inonde son dernier film, Le Syndrome du Titanic, de messages pour le moins très alarmistes, peut-être trop même ? Qu’en pensez-vous ?
Nicolas, c’est autre chose et il n’est que national et reste inconnu en dehors de la France. Il pousse un peu trop dans l’alarmisme et personnellement, je n’irais pas dans cette direction là, mais il fait un travail remarquable et il faut de tout. C’est bien qu’il y ait ça aussi. Si vous prenez par exemple Greenpeace, je ne suis pas d’accord avec la façon dont l’association opère, mais je suis d’accord avec son objectif. La seule chose que je puisse dire est que je ne peux pas m’associer avec elle mais je respecte complètement ce qu’elle fait.
Propos recueillis le 07/05/2010
Crédit photos : © Fox Channels



