Interview de Sandrine Mercier

Sandrine emmène l’auditeur dans ses bagages pour une exploration sonore et l’encourage à ne pas laisser sa conscience derrière lui en se posant les bonnes questions pour façonner un voyage intelligent, donc d’autant plus enrichissant. Pour discuter des thèmes favoris de l’émission, mais aussi de ses expériences personnelles, Sandrine nous reçoit chez elle en toute simplicité. Au détour de l’interview, la discussion prend des allures d’évasion…
Quel est le concept de votre émission sur France Inter ? Quels angles propose-t-elle ?
On est sur le service public, donc l'idée c'est de faire voyager les gens, de les emmener sur des voyages intelligents. On ne parle jamais de clubs, des meilleurs prix. On essaye de comprendre ce qui fait l'attrait d'un pays, et de donner des indications, des idées pour des voyages sympas et responsables, durables. Ça c'est la partie reportage. Il y a aussi une tendance marquée 'tourisme responsable' parce qu'on aide les auditeurs à se poser des questions: pourquoi voyage-t-on? Qu'est-ce qu'on veut aller voir? Comment doit-on se comporter sur place? Comment faire pour limiter l'impact du tourisme sur l'environnement? Même si l'émission n'est pas estampillée 'tourisme responsable-écolo'. Et puis, la partie journalisme va s'intéresser à des thèmes comme «Est-ce la fin annoncée des agences de voyages avec l'avènement d'Internet? », « Le voyage de luxe se démocratise-t-il? » ou alors tout simplement « Où et quand partir? », etc.
Pour vous aider à répondre à ses questions, vous invitez des auteurs, des réalisateurs, des chercheurs et conférenciers. Y a-t-il des thèmes-phares? Comment sont choisis les sujets et sont organisés les déplacements ?
On y va beaucoup au feeling en essayant de varier. Quand on reste un mois dans le pays, on va fractionner en faisant plusieurs reportages dont certains seront ressortis un peu plus tard pour échelonner. On fait aussi en fonction de l'actualité, des tendances, des coups de cœurs.
Nous sommes une équipe avec le statut intermittent du spectacle. Deux reporters font un sujet tous les 15 jours, mon assistant en fait 4 par an et moi je pars aussi. Souvent, on me propose des sujets, des sons, mais je ne diffuse rien, c'est juste une petite équipe qui est en charge des reportages. Enfin, ce sont surtout les reporters qui voyagent. Mais on retrouve pas mal de tampons dans mon passeport ! Le dernier en date, le Bénin la semaine dernière.
Comment en êtes-vous venue à ce magazine voyage ?
Tout a commencé avec un tour du monde d'un an il y a maintenant 20 ans. Il n'y avait pas Internet, j'évitais les cabines téléphoniques parce que je ne voulais pas forcément donner de nouvelles. J'étais vraiment partie dans l'optique de me déconnecter, de fuir aussi, de me poser des questions, de vivre une aventure. Moi je sortais de Sciences Po avec en poche une maîtrise en économie et un 3e cycle en gestion des Ressources Humaines. J'avais un bon poste dans une grosse boîte, et je pleurais tous les soirs en rentrant: ça ne m'allait pas, il me fallait une rupture nette. Et puis j'ai toujours aimé la radio, donc pendant mon voyage, je me suis munie d'un bon vieux walkman-enregistreur K7, et tout est parti de là. Je voulais partager mon expérience avec les gens, les faire voyager par procuration, leur faire vivre ce que moi j'avais vécu et leur donner le goût de l'évasion. En rentrant, j'ai intégré « Les Enfants d'Inter », un genre de studio-école pour que les jeunes puissent faire leurs preuves. Il fallait préparer une chronique, un billet, un enregistrement musical...et faire une maquette d'émission. La mienne s'appelait « Larguer les amarres ». Je suis arrivée dans les premiers au classement, puis j'ai été engagée dans l'émission « La France retrouvée » qui traitait du développement des régions face à la désertification. En 3 ans, j'ai fait à peu près 120 reportages. Ensuite, tout était enclenché: après la France, ça a été l'Europe, puis un magazine de société et de culture. Moi je continuais mes voyages: la Chine, le Groenland. Là-bas, pendant 2 mois j'ai présenté une chronique radio de 3 minutes en direct. Chaque année, je proposais une émission voyage, mais à l'époque il y avait déjà Claude Villers, le 'Monsieur Voyage' d'Inter. Puis il a pris sa retraite. Moi j'avais encore lancé une proposition d'émission et j'ai repris le créneau.
Quels ont été vos coups de cœur et vos coups de mou dans votre vie de voyageuse ?
Je suis partie avec mon ami et ma fille à Gênes. Là, on a eu un excellent contact avec le gérant de la pension où on logeait. Il ne savait pas que j'étais journaliste et on passait des heures à discuter avec lui de la ville, il nous racontait plein d'anecdotes. D'ailleurs, ça c'était chez lui [NDLR: elle nous montre son dessus de canapé], il m'a expliqué que ça représentait un arbre de vie, qu'à Gênes tout le monde en a un, il m'a raconté tout l'historique.
Et en partant, il me l'a donné! Voilà, on va assez souvent en Italie et on n'avait aucune idée de ce qu'on allait trouver à Gênes. Et puis cette rencontre nous a complètement transformé le voyage alors qu'à priori, on n'en attendait rien de spécial. En plus il avait plu pendant 4 jours mais notre Antonio nous donnait plein de conseils, des bons tuyaux, il nous confiait à des amis restaurateurs, etc. Comme j'ai toujours mon matériel sur moi, j'ai voulu l'interviewer. Et il n’a pas voulu parce qu'il disait qu'il était comme ça au naturel et qu’il n’avait pas du tout envie de faire de la radio. Alors on s'est échangé des cadeaux, on est reparti avec un paquet de pâtes et le tissu, et on lui a envoyé un DVD.
Les galères, elles, sont souvent liées à ma fille! A Cuba elle s'est fait mordre par un chien donc on a passé pas mal de temps à l'hôpital. Là, on a compris le système cubain: le gars chez qui ça s'était passé nous a supplié de ne pas dire que l'incident avait eu lieu chez lui parce qu'il ne payait plus les cotisations à l'état et donc on allait le retrouver. En plus il fallait déclarer la présence d'étrangers chez soi. Et puis il fallait changer le pansement tous les 3 jours donc là, le voyage a été un peu chaotique.
On peut aussi vous retrouver sur le blog de l'émission, et participer à un concours de carnets de voyages.
Le blog est alimenté lorsque l'on rentre d'un voyage. On y met un petit mot instantané sur ce qu'on vient de vivre, et on annonce les prochains beaux sujets. Et puis c'est la 4e saison du concours. Les auditeurs nous envoient un CD, c'est très libre. Certains font ça de chez eux, ils nous racontent leurs rêves en mélangeant des sons et des musiques enregistrés qui les évadent. D'autres font ça de manière très professionnelle. D'autres encore sont des voyageurs lambda qui ont pris du son et on posé leur voix en construisant un sujet. Il y a de tout, paradoxalement il y a beaucoup de jeunes (on sait que France Inter n'est pas vraiment une 'radio jeune'). Les ¾ ont moins de 26 ans. Pour certains passionnés de radio, c'est l'occasion de diffuser leur travail dont ils ne vivent pas, mais qu'ils veulent partager.



