Ce concept du voyage sonore est intéressant, surtout à l'heure actuelle où l'image et l'esthétique ont tant d'importance dans nos sociétés.

Benito à Vinalès qui roule ses cigaresOui, on voyage en aveugle. On ferme l'écran et on n'est animé que par les oreilles avec des gens qui parlent et qui racontent. Parce que le voyage sans histoire, c'est monotone. On essaye aussi de se mettre un peu en scène: « Il fait chaud, la plage est sublime, vous entendez l'eau? Il y a là-bas un village de pêcheurs, je vais aller les voir ». Et le matériel est très pratique, discret, facile à sortir pour garder l'instantané. Même si tout est travaillé en amont. Mais du coup, on fait aussi face à l'imprévu. Au Bénin, j'ai eu l'impression d'avoir dormi dans une prison posée sur un carrefour tellement il y avait de bruit. On était chez des curés, c'était vraiment très spartiate et à 7h du matin, j'ai pris le son dans le vacarme. Ça nous renvoie aussi à la réalité des choses parce que parfois, l'authenticité du voyage est tronquée du fait de notre statut de journalistes. On aura tendance à vouloir bien nous recevoir, à nous loger dans de beaux hôtels, etc. Là, on était au cœur des choses, sans fard. De toute façon, au Bénin ils n'ont pas trop le choix.

Sur le blog de l'émission, on peut lire dans votre profil: « Je voyage le matin à vélo, à midi avec des baguettes, le soir dans les livres, le dimanche à la radio, et quand j'ai envie...un peu plus loin ». Est-ce votre conception du voyage ?

Oui! Déjà, je ne circule qu'à vélo. Ça me maintient en forme, en mouvement et je peux réfléchir sans être coincée dans un bus. Lire et goûter des choses qui m'emmènent ailleurs font aussi partie du processus. L'idée c'est de trouver du dépaysement partout. Je peux décider de sauter dans le train et de passer la journée à tel ou tel endroit, comme à Provins, ou même à Villiers-le-Bel, juste parce que je ne connais pas. Je suis super curieuse, j'ai la bougeotte, je ne peux absolument pas rester une journée chez moi. Même depuis que j'ai ma petite fille, on l'emmène partout faire un petit tour. Si je suis à l'arrêt, ça m'étouffe. Il n'y a que dans le mouvement que je me sens vivre. Ça devient pathologique! Moi je ne sais pas aménager un intérieur, prendre soin d'une maison. Quand j'ai deux heures devant moi, je sors. Ça se passe dehors.

Comment se fait le choix de vos vacances ?

On part voir la famille en Savoie et on déborde quelques jours autour, en Autriche ou en Italie. Et puis j'ai pas mal de copains en Europe, à Bruxelles, Londres, Düsseldorf, Barcelone. Plus loin ce sera surtout pour le travail. Je reste quand même très France. Mais là encore je dois faire quelque chose, comme un stage de poterie dans l'Aveyron, un autre de peinture dans l'Hérault. J'ai toujours envie d'apprendre, de développer ma créativité. Je ne vais jamais à la plage, j'y suis très malheureuse! Au Monténégro l'année dernière on y est restés deux jours et il a fallu rentrer dans les terres pour voir des choses intéressantes qui m'ont énormément plu. Il y a quelques années, j'avais du rester dans un club en Turquie pendant une semaine pour animer les matinales l'été (5h-9h tous les jours). J'ai lu toute la semaine, j'ai fait « Tatie Voyage » pour la 1ère fois de ma vie dans un club!

Dans votre livre « Le Tourisme » écrit en collaboration avec Richard Vainopoulos, vous abordez des idées reçues sur la première activité économique mondiale. Comment a été conçu cet ouvrage? Est-ce un guide pratique du voyageur éclairé ?

On a discuté des thèmes entre nous, lui voulait parler des cartes de crédits et des listes noires des compagnies aériennes, moi de la pollution et de l'écotourisme, et l'éditeur nous a proposé d'autres thèmes. On n'est pas donneurs de leçon. La question qu'il faut se poser, c'est pourquoi on voyage. Peut-être n’a-t-on pas besoin d'aller au fin fond de l'Afrique pour aller à la rencontre des gens. Si on prend le train pour la Belgique, ou le bateau pour Tanger, on en rencontre aussi. Pour certains, ce discours paraît facile parce que moi j'ai beaucoup voyagé et je peux paraître blasée. Mais il faut vraiment se demander quelle est la finalité de son voyage, et se détacher du 'voyage-consommation', celui qui donne l'impression de façonner la personne, de la poser en tant qu'individu 'qui a fait' l'Afrique, l'Asie, etc. Et qui du coup fait partie d'une certaine catégorie. Quant-à ceux qui voyagent pour se reposer dans un club...je ne sais pas trop quoi leur dire. S'ils ont besoin de se reposer, ils peuvent très bien aller en thalasso. Ce n'est pas du voyage dont ils ont besoin. Et puis en plus on sait que 80% de ce qu'on dépense dans les clubs ne revient pas aux pays du Sud, on leur prend leur eau pour les golfs, etc. Des efforts sont faits, il faut voir comment ça évolue. Mais pour se reposer, on peut très bien se louer un petit gîte pas forcément loin de chez soi.

Et vous, avez-vous encore des fantasmes de voyages ?

J'ai beaucoup fait le Nord et les destinations d'hiver. Maintenant je suis plus portée vers les pays chauds. Je ne connais pas du tout l'Amérique du Sud, il va falloir que je me mette à l'Espagnol pour aller au Venezuela, en Colombie. Mais je me ‘contente’ aussi de ce que je fais ! Par exemple j'ai a-do-ré Alger!

Quels sont vos projets?

Encore des voyages et un magazine papier qu'on va lancer vers juin. La maquette est en cours. C'est un autre métier, une autre expérience!

Un petit mot pour l'e-Voyageur ?

Le voyage ne doit pas servir à aller vers des images toutes faites. Il faut parfois se placer dans une situation décalée qui va surprendre. Il n'y a pas de voyage raté, il y a juste des moments qui bousculent les certitudes. Et puis ce n'est pas uniquement une semaine par an, c'est une attitude d'ouverture, de rencontre, de respect des gens, un état d'esprit. On n'est pas non plus obligé d'aller loin pour voyager. Il suffit parfois d'aller au bout de la ligne de bus ou de RER, sans guide, sans rien, juste pour voir, manger un bout, discuter avec les gens et tout simplement voir ce qu'on peut y vivre.

 

En savoir plus…

« Au détour du monde », tous les dimanches sur France Inter de 16h à 17h
Site de l’émission : Au detour du monde / France Inter
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Prochains thèmes:
21 février : Faut-il oser le tourisme médical ?
28 février : En direct du salon de l'agriculture: la vache autour du monde
4 mars : Voyager avec bébé
14 mars : Est-ce la fin programmée des agences de voyages?
21 mars : Les pèlerinages
28 mars : Voyager chez l'habitant

« Le Tourisme », par Sandrine Mercier et Richard Vainopoulos. Le Cavalier Bleu, coll. « Idées Reçues », 2009, 116 pages.



Propos recueillis par Audrey Bonnet le 15/02/2010

Crédits photos : © Sandrine Mercier; Radio France : Christophe Abramqwitz