La gastronomie d’un pays en dit long sur sa culture. Que peut-on apprendre d’un pays à travers sa cuisine selon vous ?
Beaucoup de choses. Finalement la cuisine est révélatrice d’une grande partie de la culture populaire du pays, c'est-à-dire de l’histoire, d es flux migratoires, notamment. Par exemple, quand on va au Brésil, on s’aperçoit qu’il y a une grande partie de la cuisine qui est influencée par l’Afrique parce qu’au XVIIIe siècle, un grand nombre d’africains est venu par bateau pour construire ce dont avaient besoin les conquistadors. Et puis, on se rend compte qu’il y a aussi une influence asiatique importante. En fait, chaque strate de la culture culinaire, est reliée à un évènement majeur de l’histoire du pays et ça c’est très intéressant.
Et puis on apprend à connaître la terre, la géographie du pays. Grâce aux produits, on comprend un peu mieux pourquoi ils poussent à tel endroit et pas à tel autre, comment se déroule la culture, quelles sont les saisons, et quel est le climat. Quand on est allé au Pérou et qu’on se trouvait dans l’Altiplano, la seule chose qui poussait à cette altitude de 4500 mètres, c’était les patates, il n’y avait rien d’autre… 4500m La cuisine est en général révélatrice de beaucoup de choses d’une culture, de ce qui constitue l’essentiel d’un pays.
Vous êtes accueillie dans des familles locales pour chacune de vos aventures, quels rôles ces rencontres ont-elles jouées dans vos voyages ?
Elles sont essentielles. Pour moi c’est le but premier du voyage. Ce qui est beau c’est qu’on arrive chez des gens qui sont, en général, très impressionnés par les objectifs occidentaux, la caméra, tout ce que ça représente comme puissance. Dans la mesure où l’on s’intéresse à leur culture, à leur tradition, à leurs recettes, ça les mets dans une position qui est, je l’ espère, relativement valorisante . Il est certain que l’échange se crée plus facilement que si on venait simplement regarder comment ils vivent sans être aussi curieux et aussi dépendants. Parce qu’il n’y a pas d’émissions sans eux. C’est vrai qu’ils sont toujours surpris de penser que des gens comme nous allons nous intéresser à leurs traditions, aux plats de leur quotidien qu’ils doivent estimer, j’imagine, assez rustiques… C’est un très joli échange de ce point-de-vue là. Plutôt que d’arriver comme des conquérants, on arrive en demandeurs.
Sur place, êtes-vous prise en charge de A à Z ou existe -t-il une marge de liberté pour laisser la place aux imprévus qui font le charme du voyage?
Il y a toujours des imprévus, disons qu’ils ne sont pas volontaires mais ils sont tellement incompressibles. On sait qu’on va aller à tel endroit, on sait qu’a priori on s’attend à ce qu’on nous fasse tel plat mais en revanche ca se passe rarement comme il était prévu que ça se passe et on se laisse volontiers aller à ces imprévus. Il y a plein de séquences qui ratent, ce n’est pas forcément parce qu’elles sont décevantes, mais on est obligé d’établir une hiérarchie, de faire des choix. Il y a eu des moments où on a filmé tout en sachant qu’on ne garderait pas les prises, mais on ne pouvait pas, vis-à-vis des gens, revenir, les monopoliser et ne pas filmer. Il y a aussi des moments où c’est décevant mais c’est comme dans la vie, heureusement qu’on ne peut pas anticiper tous les paramètres.
Vous en avez appris des astuces et secrets de cuisine autour du monde, mais dans la vie quotidienne, comment cuisinez-vous ?
Dans la vie quotidienne, je cuisine tout le temps parce que c’est mon métier, que je le fais par plaisir évidemment. J’ai la chance de faire un métier que j’adore, qui, parfois, d’ailleurs, est un handicap parce que du coup je ne m’arrête jamais de travailler !
Mais je suis tout le temps dans la nécessité d’imaginer de nouveaux plats, je ne dirais pas « créer » car ce serait bien prétentieux à mon niveau mais de trouver des formules de recettes. En prenant des choses excitantes, en les re-cuisinant, les re-bidouillant, en mélangeant les traditions, en essayant de les rendre plus faciles, plus rapides, plus accessibles. C’est essentiellement ça. Je rentre dans le cocon qui me sert de cuisine, il y a un côté très protecteur dans la pièce de la cuisine, et le temps n’a plus de prise. D’ailleurs, je peux y passer des journées. La cuisine, c’est l’endroit où je suis le plus détendue. Je suis une grande radiophile donc je mets la radio, en général j’écoute France Inter ou France Culture en boucle. Je n’ai pas la télé, c’est assez paradoxal mais j’ai quand même un lien avec le monde mais qui est choisi, qui n’est pas imposé comme la télé nous l’impose parfois, je trouve, avec son langage et avec ses images. Je digresse.
Si vous deviez nous conseiller une destination gourmande, quelle serait-elle ?
D’un point de vue vraiment cuisine, il y a un pays qui est assez méconnu ou mal-jugé, en France, il me semble : c’est le Liban. Moi je suis une grande fan du Moyen Orient en général et pour sa cuisine aussi. Et je trouve que c’est une cuisine extrêmement fraîche, légère, contrairement à ce qu’on pense, créative. Le problème c’est que c’est toujours en abondance donc on est tenté d’en manger trop ! Mais c’est vraiment une cuisine, notamment sur le plan des légumes, des végétaux, qui est très variée. Donc ça, c’est à découvrir.
Ensuite évidemment, mais là je n’apprends rien à personne, le Japon, c’est prodigieux. Moi j’y suis allée quatre fois et à chaque fois j’ai découvert de nouvelles choses. Ce n’est pas tant au niveau des recettes, parce qu’il y en a beaucoup et qu’il est quasiment impossible de tout refaire, mais c’est davantage dans leur approche de la cuisine que c’est vraiment passionnant.
J’ai eu des surprises en Turquie car je suis très « végétale », je ne suis pas végétarienne mais je trouve qu’on peut être beaucoup plus créatif avec des végétaux qu’avec de la viande ou du poisson. Et là, je me suis vraiment réjouie de voir que, chez les Turcs, alors que je m’attendais à des plats assez basiques, on a goûté des choses absolument délicieuses. Mais comme souvent en dehors de la France, c’était largement meilleur chez les gens qu’au restaurant. Enfin, le Vietnam : délicieuse cuisine. Sans doute la plus légère de toutes les cuisines asiatiques. Ce ne sont pratiquement que des marinades, des brochettes, très peu de fritures et une cuisine très parfumée avec beaucoup d’herbes. Ca, c’était chouette !
Les escapades culinaires de Fourchette et Sac à dos reprennent en juillet 2010, quelles sont les destinations au menu ? Et, en dehors des tournages, avez-vous des projets de voyages ?
On repart effectivement cette année avec Fourchette et Sac à Dos : en Afrique du Sud, Norvège, au Liban et puis à New York. Vu le programme de cette année, je pense que ça devrait me suffire ! Aujourd’hui, quand je prends mes vacances, la première chose, c’est d’être dans ma maison de campagne en France, parce que je suis un peu saturée des voyages !
Une recommandation pour les e-Voyageurs ?
Il y a un aliment que j’adore, je reviens vers le Liban justement. C’est la mélasse de Grenade, qui est un aliment génial. C’est un produit fabuleux qu’on peut mettre dans les vinaigrettes, dans les sauces, pour déglacer les viandes, moi j’en mets même sur le saumon fumé ! C’est exceptionnel. C’est vraiment un produit à découvrir !
Le site de l’émission : www.france5.fr/fourchette-et-sac-a-dos
Propos recueillis par Alice Cannet
Publié le 03/02/2010
Crédits photos : © Coyote / France 5 / Stéphane Jobert / JA Productions / Yann L’Hénoret


