Artisanat à Istanbul
L'histoire dans les mains
L’artisanat stambouliote est une des nombreuses activités qui en fait sa richesse et reflète son identité. La plupart de ces innombrables savoir-faire ont réussi à traverser les siècles et se transmettent de génération en génération. Des cymbales en passant par les marionnettes d’ombres vous pourrez trouver toutes sortes d’objets purement turcs. Chaque artisan reflète à sa manière la généalogie de sa ville et de son pays.
Le travail artisanal est empreint de l’histoire turque. Leurs doigts d’or transpirent la Turquie. Pourtant les objets artisanaux trouvés sur place sont tellement nombreux qu’on ne sait plus distinguer le vrai de l’imitation. Pour ne pas vous égarer, sachez que les matériaux essentiellement utilisés sont le bois, le cuir, le daim, et le verre. Mais il est possible de sortir des sentiers battus tout en gardant à l’idée d’obtenir des produits d’Istanbul. La cymbale Istanbul est un des symboles de la ville, très prisée par les musiciens elles ont aujourd’hui une renommée mondiale car toujours réalisées à la main. Né au XVII siècle près d’Istanbul c’est aujourd’hui une marque déposée Istanbul et Bosphorus, que l’on peut associer à une autre production de cymbales turques, les Zilcan. Malheureusement ce n’est pas un objet facile à mettre dans sa valise, comme les marionnettes d’ombres, elles aussi nées près d’Istanbul.
Fruit d’un travail très méticuleux ces marionnettes apparurent au XIV° siècle. Parmi les plus célèbres on retrouve Karagöz et Hacivat. Selon la légende ces deux ouvriers travaillaient sur la mosquée du sultan Ohran mais ne pouvaient s’empêcher de jouer les rigolos, et faire des plaisanteries à tel point qu’ils ralentissaient le chantier puisque les autres s’arrêtaient de travailler pour les regarder gesticuler.
Cela n’a point plu au sultan qui les fit exécuter. Quelques jours plus tard, pour lutter contre les remords du sultan, un certain Sheikh Kusteri dressa les premières marionnettes d’ombre à l’effigie des deux défunts pour reproduire leurs pitreries. Autrefois réalisées avec de la peau de chameau on les trouve aujourd’hui faites en cuir tanné translucide. Les détails et les couleurs rendent ces petites figurines très séduisantes.
De passage à Istanbul il est interdit de rater les Kilims, ces fameux tapis tissés véritables emblèmes de toute une nation. Très colorés et réputés de bonne qualité, ils reflètent un savoir faire vieux de plusieurs siècles. Un bon kilim doit être fin et ses motifs précis. Comme pour tout article il faut se préparer au marchandage. Inutile de lister les innombrables lieux qui vendent ce produit à travers la ville.
Toujours dans la délicatesse, les verreries de Beykoz se démarquent par leur bleu éclatant. Ce nom issu de la technique de fabrication de ces objets aussi décoratifs qu’utiles, est dans le même temps un quartier d’Istanbul. Cette méthode fut importée de Venise au XIX° siècle par un marchand qui y ajouta cette couleur renversante. On peut les trouver sous forme de lampe à pétrole, de verres, de carafes ou encore de sucrier.
Le papier marbré, Ebru en turc, est un art qui exige une dextérité d’un autre monde. Si vous avez l’opportunité de voir un artisan réaliser ce genre de dessin n’hésitez plus! Plus que l’œuvre en elle-même c’est la sensualité du geste qui émerveille. Ces peintures, a priori banales, sont réalisées dans un récipient d’eau (rendue plus dense grâce à de la bile de bœuf) avec de la peinture épaissie qui ne se dissout pas. Le papier n’est appliqué à la surface de l’eau qu’une fois le dessin terminé.
Comment ne pas parler du cuir, véritable emblème de Turquie. Cette marque de fabrique fait de la Turquie le plus important producteur de cuir de qualité au monde. Utilisé, traité et fabriqué depuis la nuit des temps sur les berges du Bosphore aussi bien qu’au cœur de l’Anatolie, cette matière fait vivre bon nombre d’artisans. Cependant n’hésitez pas à regarder le cuir sous toutes ses coutures pour en vérifier la qualité. Une fois de retour vous risquez de faire beaucoup d’envieux!
Vient désormais la question des lieux de vente. Où trouver tout ça ? Il faut admettre que la plupart des artisans sévissent avant tout en Anatolie ou dans l’arrière pays turc, Istanbul étant essentiellement l’épicentre de l’artisanat turc. Pour le cuir passez en proche banlieue à Zeytinburnu, endroit prisé par les stambouliotes car on y trouve bon nombre de magasins d’usines, et la qualité de la matière est loin d’être décevante. Adeptes du papier marbré rendez vous dans les jardins de la petite sainte Sophie, voisine de la grande basilique du même nom.
Rémi Pialat
Publié le 18/08/09
Crédits photos : © Julie Tomei
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