Belfort
La cité du lion
Le lion a conquis Belfort ou plutôt, Belfort a conquis le lion. La vaillance dont elle a fait preuve au cours de son histoire mouvementée lui octroie avec justice le noble animal comme emblème. Dans la vieille ville, il est partout et se décline sous toutes les formes : au détour d’une rue, sculpté sur le frontispice d’une fontaine, dissimulé dans le fer forgé d’une rambarde mais surtout resplendissant dans le corps de grès rose que lui a bâti Bartholdi. Au pied de la citadelle, mais encore assez en hauteur pour dominer son monde, il resplendit et fait rayonner sa ville.
Ce lion de grès rose, vous le connaissez sûrement en fait, vous parisiens, mais dans une version rapetissée et teintée en noir. Non pas que vous soyez incroyablement cultivé (bien que ce soit possible et fortement probable…) mais parce qu’il trône au milieu de la place Denfert-Rochereau et vous comprendrez mieux pourquoi dans quelques instants. C’est donc le même que l’on peut voir en se promenant dans le XIVe arrondissement, déboulant du boulevard Raspail ou du Boulevard Saint-Jacques, mais croyez-moi, la réplique n’est rien comparée à l’original. Hâtez-vous donc de rejoindre Belfort pour admirez la bête !
1. Une ville imprenable
En 1813/1814, le commandant Legrand résiste à une coalition d’Autrichiens, de Bavarois, de Cosaques et de Hongrois (113 jours de siège). En 1815, 400 000 autrichiens viennent là encore se casser les dents sur la pierre de Belfort. Le général Lecourbe et ses 8 000 hommes savent se défendre. Mais le coup de maître a lieu une bonne cinquantaine d’années plus tard, lors de la guerre franco-prussienne de 1870. Certes la France est sortie perdante de ce conflit, se voyant ainsi déposséder de son Alsace-Lorraine, mais on ne peut nullement incriminer Belfort de cette défaite. Au contraire, les garnisons franc-comtoises, dirigées par le colonel Denfert-Rochereau, ont résisté héroïquement à un terrible siège de 103 jours. Depuis, la cité et sa citadelle sont perçues comme imprenables et salutaires. Le lion devient le symbole parfait pour incarner cette force de résistance et de puissance qui a fait ses preuves. Bartholdi l’a bien compris : c’est lui qui propose de recourir au digne félin pour commémorer le succès de la défense belfortaine de 1870. Cela avec quelques difficultés néanmoins.
2. La construction du lion, toute une histoire
Avant que le lion ne s’asseye sur sa stèle de pierre au pied du rocher de la forteresse de Vauban, il a fallu du temps et surtout pas mal de contretemps ! Voici l’histoire rocambolesque de l’édification de ce monument si prestigieux et identitaire aujourd’hui.
Tout commence à l’issue de la guerre de 1870/1871. Le conseil municipal de la ville veut rendre hommage à ses fidèles soldats, qui ont souffert pour empêcher l’invasion, en construisant un monument à leur gloire. Une commande publique parvient à rassembler deux projets mais aucun ne convient et ne satisfait le jury qui décide de prendre les devants et d’en appeler à la notoriété : Bartholdi est convié à proposer un projet. Le sculpteur de Colmar, fierté de la région, puise dans ses souvenirs de voyage. Le sphinx de Gizeh qu’il a pu admirer lors de son voyage en Egypte l’inspire. Quelle prestance, quelle férocité et quelle fureur ! Parfait pour évoquer Belfort ne fléchissant pas face à l’ennemi. Il propose alors au conseil de bâtir une statue de lion qui profiterait d’un arrière-plan rocheux en prenant place au pied de la colline qui surplombe Belfort et qui la surveille grâce à son fort qui la coiffe depuis le XIIe siècle. Le conseil est emballé et donne le feu vert. Mais la somme nécessaire est exorbitante et dépasse les ressources des Belfortains. Pour réunir les 150 000 francs nécessaires à la construction du lion, on fait donc appel au pays via une souscription nationale. L’engouement des français est inattendu : on récolte le double de la somme et Bartholdi bénéficie d’un véritable élan populaire. Hélas, le conseil municipal a entre-temps changé ses membres et ceux-ci rechignent à délivrer les fonds amassés pourtant pour l’édifice. Un procès est injustement intenté contre l’artiste et une série de brouilles retardent le lever du lion. Mais il se lèvera quand même et se dressera sur ses pattes avant avec fureur. Bartholdi commence finalement les travaux en 1776. Il ressort ses croquis et ses plans longuement prémédités pour assembler une à une les pierres roses de la carrière de gré de Clairegoutte. La statue prend forme sur le site même et n’est transportée qu’une fois achevée là où elle règnera pour les années à venir : à Belfort. En 1880, elle est en place et toise les habitants de son air altier. Colossal avec ses 22 mètres de long et ses 11 mètres de hauteur, le lion de Bartholdi devient vite un chef-d’œuvre qui, aujourd’hui encore, fait la renommée de la ville. L’animal envahit alors la ville dans sa totalité. En pierre ou en bronze, sur les maisons ou sur les devantures des magasins, Belfort l’accueille n’importe où (à vous de chercher les 250 lions qui se cachent dans la ville !).
Normalement, vous devriez maintenant comprendre pourquoi l’on a installé une réplique de la statue place Denfert-Rochereau. Réponse : car le monument est un hommage à ce colonel et à ses soldats qui sont parvenus à contrer l’ennemi germanique il y a plus d’un siècle à Belfort. Rien de mieux qu’un tel chef d’œuvre pour évoquer le nom de Denfert-Rochereau. Et il faut avouer qu’avoir un lion, même petit, à côté de chez soi est toujours plaisant. Un petit air de Franche-Comté dans la capitale…
Si Belfort irradie jusqu’à Paris par son lion et grâce au nom de Bartholdi, un autre édifice, érigé par un nom non moins célèbre, assure la renommé de cette cité qui ne serait certainement pas grand-chose sans ses deux chefs-d’œuvre. Il s’agit de la citadelle de Vauban.
Sophie Graffin
Publié le 26/07/10
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